Avis à la population cinéphile

Vous êtes encore là ? Quatre ans après sa glorieuse naissance, Ciné partout tout le temps a enfin quitté l’espace confortable mais confiné de la nurserie over-blog pour faire sa mue, voler de ses propres ailes, ou toute autre métaphore animalière de votre choix. Fini donc le temps du « .over-blog », c’est le vaste monde du « .fr » qui s’ouvre désormais devant moi avec la nouvelle adresse suivante :

http://www.cine-partout-toutletemps.fr/articles 

Merci de me suivre, dans les deux sens du terme, et ne vous perdez pas en route dans la correspondance.

Mardi 19 juin 2007 2 19 /06 /Juin /2007 23:19
Où ?
Chez moi, en DVD
Quand ?
La semaine dernière, et le week-end pour le film

Avec qui ?

Seul pour le commentaire audio, et avec ma chérie pour le film

Et alors… ?

Quel bonheur à écouter, celui-là ! Pas une minute (il y en a pourtant 130) n'est ennuyeuse. Le réalisateur Tom Tykwer (Cours Lola, cours) est certes aidé par la quantité de choses à dire – adaptation d'un roman exceptionnel, film fleuve, production énorme dans des décors réels piochés à travers l'Europe – mais surtout il les dit bien. Ses souvenirs sur la logistique sont très précis ; ses explications de choix de mise en scène (influence expressionniste, bascules entre le genres, modifications du roman induites par le choix d’une narration à la première personne, emploi limité des effets spéciaux) très claires.

Et puis Tykwer a ce petit quelque chose en plus qui fait la différence, sous la forme d'un émerveillement toujours présent envers la magie du cinéma. Le travail de chacun, qu’ils soient acteurs, techniciens, monteur, compositeur, est mis en avant et ainsi, à la manière de ce que parvenaient à créer récemment les bonus de Lady Chatterley, on ressent beaucoup mieux comment tous ont participé à l'aventure. Dans ces cas-là, l'équation devient simple : bonnes idées de départ (en termes de conduite du récit et de règles de mise en scène) + amour sincère du cinéma = bon film.
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Car Le parfum est un bon film (quelle transition époustouflante). C’est certes au départ un film de producteur – Bernd Eichinder, omniprésent jusqu’à être crédité au scénario – qui se fait son petit trip hollywoodien perso, mais ce producteur a eu la bonne idée d’engager un réalisateur qui connaît son art. Un seul exemple de la réussite du film : l’intelligence du traitement mental du personnage principal. Être complètement autiste, inapte aux relations sociales et obsédé par son projet de concoction du parfum ultime, Grenouille est un protagoniste rêvé pour un roman mais cauchemardesque pour un film. Pour résoudre l’équation, Tykwer refuse les béquilles mensongères que seraient une voix-off à la première personne ou un acolyte inventé de toutes pièces – Grenouille ne parle pas, même à lui-même. Le cinéaste s’en remet uniquement à la puissance des images, agrémentées selon les parties du récit d’une musique (composée en amont du tournage) ou d’un narrateur omniscient qui apporte un ton ironique bien trouvé et ne fait jamais doublon avec ce qui est imprimé sur la pellicule.

Et pour en revenir au commentaire audio, l'orgie qui clôt le film se pose là en termes de magie du cinéma – et sa description par Tykwer captive sans réserves. Ils sont rares les moments où l'art transcende la distance qui le sépare de la réalité et influence aussi puissamment la vie des gens – artistes et spectateurs –, et les paroles du réalisateur confirment que celui-ci a bénéficié d'un écrin en tous points parfait. Bien préparé (un travail de fond avec une troupe de danseurs, des figurants intégrés très en amont au processus de création) et bien filmé (avec la distance parfaite, ni voyeuse ni prude), cette séquence devient le final en apothéose d'un film qui à travers elle prend une ampleur inattendue.

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Par Erwan Desbois - Publié dans : bonus dvd
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Samedi 16 juin 2007 6 16 /06 /Juin /2007 00:40
Où ?
Le premier à la Cinémathèque (à l’occasion de la reprise de la Semaine de la Critique), le second au Cinéma des Cinéastes
Quand ?
Jeudi à 19h, et mercredi à 22h

Avec qui ?

Le premier seul dans une grande salle bien remplie, et le second avec ma chérie dans une petite salle regroupant une dizaine de spectateurs attentifs

Et alors… ?

Deux pays sont repartis avec le sourire du Festival de Cannes : la Roumanie bien sûr, avec la Palme d’Or et le prix de la sélection Un Certain Regard, mais aussi Israël, qui a glané la Caméra d’Or – récompensant le meilleur premier long-métrage, toutes sélections confondues – avec Les méduses pendant que Tehilim se faisait remarquer en compétition officielle même s’il est resté les mains vides à l’heure de la remise des prix.

La dernière Caméra d’Or israélienne remonte à très peu de temps : en 2003, cette distinction était en effet attribuée à Mon trésor, l’un des films les plus âpres et impitoyables que l’on a pu voir ces dernières années. Même s’il prend lui aussi ses racines dans un contexte socio-économique d’une noirceur certaine, Les méduses ne joue clairement pas dans la même catégorie – on pourrait même lui trouver quelques accointances avec une certaine Amélie Poulain, en particulier dans l’envie de styliser le quotidien pour le rendre plus supportable.

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Une scène d’ouverture et une scène de fin proprement géniales encadrent le film. Elles regroupent l’ensemble des personnages par des moyens de pur cinéma – dans un premier temps via leur proximité géographique, dont la traduction est un enivrant mouvement continu de caméra qui va relier une mariée, une des serveuses au buffet et enfin une aide-soignante à domicile ; et au final sur un ensemble de sentiments et de symboles partagés, qu’un montage parallèle réalisé avec beaucoup de subtilité va faire apparaître dans la vie de chacune des protagonistes. Cette maîtrise de la mise en scène et l’efficacité dans la transmission des messages qui en découle expliquent que ce film choral puisse ne durer qu’à peine une heure et quart et être pourtant si magnifiquement touchant.

Geffen et Keret nous en disent juste assez sur leurs héros pour qu’ils deviennent humains, et utilisent juste ce qu’il faut d’effets de mise en scène et de montage pour rendre leur film alerte. Tout est évident et limpide dans ce récit qui brasse pourtant un nombre ambitieux de thématiques sociales (solitude qui règne dans les grandes villes, fossé intergénérationnel, précarité grandissante), de personnages aux origines variées – un juif russe, une philippine, un enfant mystérieux – et même de genres. Le drame brutal aux accents néo-réalistes y côtoie le marivaudage amoureux, le comique de situation grinçant (un hôtel invivable) et même la pure farce, sous la forme d’une adaptation délirante de Hamlet. Comme les familles de cinéma et les milieux sociaux, les vies des protagonistes du récit se croisent et s’interpénètrent, jamais comme on s’y attendrait mais toujours par hasard. Après, le dilemme n’a pas changé depuis l’invention du film choral : cette satanée vie, elle est belle ou pas ? Oui, malgré tout, répondent les deux réalisateurs des Méduses. Et leur bouquet final donne envie d’y croire.

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Tehilim ne nage pas dans les mêmes eaux. Tout d’abord car il ne se situe pas dans la même ville – Tel-Aviv est remplacée par Jérusalem, où l’influence de la religion est bien plus forte, proximité géographique des lieux saints oblige. Tehilim intègre à son discours cet aspect (complètement absent des Méduses) de la vie israélienne, sans aller toutefois jusqu’à évacuer tout le reste.

Le point de départ du film est la disparition du père d’une famille de la classe moyenne de la ville. Il laisse derrière lui sa femme et ses deux fils (l’un, Menachem, est adolescent, l’autre, David, a une dizaine d’années) que l’on commençait tout juste à apprendre à connaître et qui sont soudain livrés à eux-mêmes. Le choc est d’autant plus brutal que le drame ne prend pas la forme tangible d’un décès ou d’un enlèvement, mais d’une volatilisation pure et simple comme seul le cinéma peut en créer : le personnage est là, dans le cadre, puis le temps d’un contre-champ il a disparu. Ce coup du sort quasi lynchien n’est que la première des nombreuses preuves de l’ambition du réalisateur Raphaël Nadjari. Originaire de France et passé par la branche new-yorkaise du cinéma indépendant et arty, celui-ci filme ce qui est son deuxième long en Israël sans rien changer à la charte visuelle tacite de la Grosse Pomme : caméra à l’épaule, tournage en extérieurs débordants de vie, musique électro planante.

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Il en résulte un métissage étonnant entre une forme très moderne et libérée et un fond étouffant d’orthodoxie et d’immobilisme. Suite à la disparition du père, l’équilibre sur lequel se fondait la famille se brise en silence quand, au lieu d’endosser le rôle de chef de famille, chacun des adultes se replie sur ses certitudes – l’effacement et le refus des responsabilités pour la mère, les textes religieux (les tehilim du titre) pour le grand-père et l’oncle. Ce sont évidemment les enfants qui pâtissent de ce vide soudain et inavoué, et en premier lieu Menachem qui sent confusément qu’il doit quitter son statut d’ado dilettante pour rentrer dans l’âge adulte mais n’a personne pour le guider dans cette voie.

Dans les pas de ce personnage, Nadjari construit patiemment un récit initiatique d’une grande finesse. L’importance de la religion en Israël n’y est pas une fin en soi qui occuperait tout l’horizon du film, mais un champ d’application de la réflexion développée par le réalisateur. La scène la plus marquante montre ainsi Menachem et David distribuer à des inconnus dans la rue des livres de prières que leur oncle souhaitait réserver exclusivement à la communauté religieuse à laquelle le père disparu appartenait. Visiblement tournée en caméra cachée au milieu de passants n’étant pas au courant qu’ils sont filmés, la séquence génère un sentiment de liberté fragile mais volontaire, qui sera trop vite réprimée par les obtus schémas de pensée des adultes. Au final, Tehilim rejoint Les méduses sur au moins un point : la capacité à exploiter les spécificités de leur pays pour en tirer des sujets et des œuvres dont l’écho dépasse largement les frontières.

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Par Erwan Desbois - Publié dans : cinéma israélien / palestinien
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Samedi 16 juin 2007 6 16 /06 /Juin /2007 00:26
Où ?
Au Max Linder Panorama (si vous habitez en région parisienne et ne connaissez pas cette salle magique, foncez !), puis au George V
Quand ?
En avant-première fin mai, et hier soir

Avec qui ?
Des copains (différents pour chaque séance)

Et alors… ?

Sur le coup, Boulevard de la mort (titre français aussi mauvais que l’original Death proof est excellent) s'apparente à une soirée squat chez Tarantino, qui nous a gentiment :

- présenté ses potes acteurs, réalisateurs, cascadeurs qui passaient par hasard dans le coin

- fait une petite démo de son juke-box (parachevée par la reprise décapante du Laisse tomber les filles de Gainsbourg par April March sur le générique de fin)

- gratifié de sa cinéphilie "bis" toujours aussi plaisante à suivre bien qu'on ne capte pas une référence sur 10

- montré sa collec' de voitures de course des seventies, avec séances de poursuites et de carambolages sur les routes désertes du Texas pour leur faire prendre un peu l’air

- fait des clins d'oeil à sa propre filmographie, avec une attention particulière portée à Kill Bill (personnages, musiques, costumes qui reviennent)

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Le résultat semble alors bavard, gratuit, sans aucune motivation autre que de s'amuser, réfractaire à toutes les lois du marketing, et complètement nombriliste. On peut trouver ça très vain (comme la deuxième fournée de copains à être venus avec moi, même s’ils ont fini par admettre avoir passé un bon moment) ou diablement excitant. C’est l’option privilégiée par moi-même ainsi que par mes collègues d’avant-première, dont l’un est même allé jusqu’à élaborer une théorie – qui tient la route – présentant le film comme une expérience orgasmique : « Au début il faut laisser venir l'excitation, puis la machine s'emballe, ça va de plus en plus vite et ça se termine en feu d'artifice. Une fois le nirvana atteint un "Laisse tomber les filles" vient accompagner la descente... Un pur bonheur. »

Quand on repense au film à tête reposée quelques jours plus tard, le génie et la maîtrise de Tarantino apparaissent de manière encore plus frappante. Comme Lynch en début d’année avec INLAND EMPIRE, Tarantino fait suivre un film lui ayant offert un succès critique et public unanime (Mulholland Drive pour l’un, Kill Bill pour l’autre) par un projet déroutant, très personnel et beaucoup plus ambitieux et profond qu’il n’en a l’air. Même si elle prend chez chacun une tournure très distincte, la réflexion sur la forme cinématographique est au centre des préoccupations des deux cinéastes. Via des moyens plus ou moins voyants, Tarantino confronte en effet pour la première fois sa machine à créer des histoires-patchworks à partir de bouts de films oubliés de tous avec le vrai monde.

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La technique la plus flagrante est celle du jeu sur les époques. À côté de son traditionnel placement de produits fictifs (les Big Kahuna burgers et autres cigarettes Red Apple), il fait soudain apparaître entre les mains de ses héroïnes téléphones portables, magazines et iPods qui placent sans ambiguïté l’univers de Boulevard de la mort dans les années 2000. Mais le film tel que nous le voyons est tout aussi sûrement situé dans les années 70, par son concept de série Z décomplexée et stupide comme on n’en fait plus, sa bande-son, sa copie raturée où les fins de bobines disparaissent seconde après seconde à force d’être projetées. Alors, dans quel sens faut-il prendre cette opposition ? Tarantino avoue-t-il franco son incapacité à cautionner une époque amnésique à toute culture datant d’il y a plus de vingt ans, et sa préférence à vivre dans son vidéo-club idéal, avec un vieux juke-box dans le fond de la salle et des affiches de films vintage qui recouvrent les murs du sol au plafond ? Un peu, peut-être. Ou bien poursuit-il son hommage au girl power, en montrant cette fois-ci que les filles sont tellement fortes qu’elles peuvent même retourner à leur avantage tout un pan de cinéphilie macho ?

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Oui, ce serait plutôt ça. Parce que dans Boulevard de la mort, à part 2-3 losers égarés ici et là (dont Kurt Russell, génial en loser en chef qui roule des mécaniques avant de se faire sévèrement punir dans la seconde moitié), il n’y a que des filles – même pour la figuration en arrière-plan. Et elles font tout, surtout ce que l’on essaye de leur interdire : assumer leur corps, parler cul, draguer les mecs, réaliser des films, conduire des bolides de course et se venger violement des pervers. Le monde est à leurs pieds, à commencer par Tarantino dont le travail est de filmer leurs exploits. On n’accolera cependant pas le gros mot « maturité » à ce changement de direction du cinéaste. Car, contrairement à un Sam Raimi qui est véritablement devenu sérieux en plaçant ses histoires dans un cadre réaliste, Tarantino est toujours un sale gosse ingérable et transgressif. Chez lui on jure, on fume des joints, on écoute du rock à fond et on filme surtout des seins et des fesses (la moitié des cadrages du film feraient hurler les autoproclamées ligues de vertu). Du coup, une fois la parenthèse de l’analyse refermée, l’orgasme est au rendez-vous de la deuxième vision de Boulevard de la mort comme de la première.

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Par Erwan Desbois - Publié dans : quentin tarantino
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Jeudi 14 juin 2007 4 14 /06 /Juin /2007 00:43
Où ?
Chez moi, en DVD
Quand ?
Dimanche soir
Avec qui ?
Tout seul devant mon écran
Et alors… ?

Le western classique d’avant Sergio Leone a encore de très belles choses à offrir, certes selon deux axes précis : les cinéastes intemporels (Ford, Mann…) et les films à double fond. Même si le réalisateur John Sturges (fait d’armes le plus connu : Les 7 mercenaires) n’a rien d’un tâcheron sans talent, Règlement de comptes à OK Corral rentre tout de même dans la seconde catégorie. Cette adaptation de la fusillade entre les frères Earp (les gentils) et les Clanton (les méchants) à Tombstone parvient en effet à résister à l’usure de temps ainsi qu’à l’ombre portée par l’inégalable Poursuite impitoyable de John Ford,par ses partis pris très modernes pour ce qui est de décrire la faune du Far West et les relations entre ses membres.

corral1.jpg Chez Sturges, Tombstone est plus proche de la crasse morale de la série Deadwood que de l’élan pur qui porte la civilisation naissante dans la version de Ford. Bien sûr, tout n’est pas exposé frontalement comme aujourd’hui, mais l’allégorie fordienne prend du plomb dans l’aile lorsque tous les mâles sont décrits comme assoiffés de sang et toujours à deux doigts de basculer dans la violence bestiale et non jugulée. « Nous avons tous les deux un flingue, la seule différence entre vous et moi est l’insigne » : cette phrase de Doc Holliday (Kirk Douglas) à Wyatt Earp (Burt Lancaster) résume bien l’ambiance crûment réaliste qui règne d’un bout à l’autre du film. Les deux femmes amoureuses des deux héros ne valent pas mieux : l’une, mexicaine martyrisée par les Clanton chez Ford, passe d’un homme à l’autre au gré des changements de rapports de force entre clans rivaux ; l’autre, Darling Clementine du titre et incarnation de la vertu, devient une joueuse invétérée qui use sans vergogne de ses charmes pour arriver à ses fins.

Cependant, ces deux personnages sont très en retrait dans le film, à l’instar des autres rôles secondaires – et même de l’intrigue, concentrée dans la dernière demi-heure. Le reste du temps, ce n’est ni plus ni moins qu’une liaison homosexuelle latente entre Wyatt Earp et Doc Holliday qui occupe tout l’espace du récit. Pour être plus explicite que certaines scènes – Earp sanglotant au chevet de son partenaire malade – ou répliques (« Quel dommage que nous ne finissions pas ensemble », « S’il n’y avait pas ce Wyatt Earp, tu me reviendrais »), il faudrait en arriver au baiser montré à l’écran... Mais le pas de deux entre une mise en scène dopée aux non-dits qui crèvent l’écran et la censure serait alors beaucoup moins rusé et plaisant à suivre. Cette lecture alternative fait même passer la pilule du non-respect du déroulement de la fusillade – ici Doc Holliday survit, sûrement selon un souhait de Kirk Douglas –, puisque l’épilogue devient un adieu déchirant dans les règles de l’art hollywoodien… mais entre deux membres virils du Far West.

Par Erwan Desbois - Publié dans : westerns
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /Juin /2007 21:51
Où ?
Chez moi, en DVD
Quand ?
Il y a 10 jours
Avec qui ?
Tout seul devant mon écran
Et alors… ?

Le chef-d'oeuvre du coffret Naruse de Wild Side est censé être Nuages flottants, mais j'ai personnellement préféré les Nuages d'été (je n'ai pas pu accrocher au déferlement sans fin de catastrophes s'abattant sur les pauvres héros de Nuages flottants). Comme dans les deux autres films, ce qui frappe d'entrée est le don de Naruse pour poser en 10 minutes un univers en tous points (géographie, économie, voisinage, familles) cohérent et tangible, ainsi que les conflits qui vont le tordre pendant les deux heures à venir. Ici, il s'agit des difficultés de deux familles de paysans japonais face à la réforme agraire mise en place par le gouvernement dans les années 1950. Pas vraiment le genre de sujet dont nous, occidentaux du 21è siècle, nous sentons a priori proches, mais dont la déclinaison dans le récit nous touche au final énormément car il s'agit de la mise en application d'un thème plus global, et visionnaire à l'époque : le fossé qui se creuse de plus en plus vite entre la modernité galopante et la transmission de valeurs et de savoirs au sein d'une famille.

On trouve trois camps dans Nuages d'été. Les enfants qui aiment leurs parents mais veulent vivre leur vie selon leur propre agenda (université, mariage, exode vers la ville... en un mot, indépendance) ; les parents qui ne comprennent pas et s'arc-boutent sur leurs croyances dépassées par les faits, tel le patriarche dont le grand oeuvre était d'avoir prévu dans les moindres détails l'évolution professionnelle et conjugale de chacun de ses quatre enfants ; et les parents qui ne comprennent pas mais acceptent de baisser les armes, voire même d'aider de leur mieux (la tante veuve très jeune et du coup moins modelée par les carcans de la société).

NUAGES-D-ETE-13.jpg Naruse ne juge pas, il observe avec une curiosité bienveillante comment tous vont s'en sortir par le haut. Il ne divise pas les gens de manière irréversible, mais cherche au contraire leurs points de convergence, et les compromis auxquels ils peuvent parvenir – même si ceux-ci ne sont bien sûr pas atteignables sans douleur. À l'image de son titre, Nuages d'été est un film confiant, ensoleillé (le passage à la couleur change radicalement le ton par rapport aux deux opus noir et blanc du coffret), où les petites peines s'effacent lorsque l'on prend du recul pour voir que le tableau d'ensemble est beau – sans niaiserie aucune. La scène finale de réunion de la famille autour d'une tâche commune évite ainsi tous les poncifs attendus, et l’optimisme qui s’en dégage n’a rien de frelaté.

Pour finir, citons deux phrases des très instructifs bonus du coffret :
« La photographie est une nuance lumineuse captée par la pellicule »
« Naruse est le cinéaste de l'essence du quotidien »

Par Erwan Desbois - Publié dans : classiques d'ailleurs
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /Juin /2007 21:47
Où ?
Au cinéma Les 5 Caumartin (mais dans 2 salles différentes, le film ayant été « promu » au cours du week-end)

Quand ?

2 fois à 4 jours d’intervalle, à la séance de 22h à chaque fois

Avec qui ?

D’abord seul, puis avec ma chérie et une dizaine d’autres spectateurs à chaque fois (mais pas les mêmes, eux)

Et alors… ?

Dans les scènes réjouissantes de Dans Paris où il suivait Louis Garrel dans sa folle course vers les vitrines du Bon Marché, Christophe Honoré prenait la tangente par rapport au carcan auteuriste qui plombait ses premiers films. À peine six mois plus tard, l’arrondissement a changé (nous voilà maintenant dans le Xè, entre Bastille et Gare de l’Est) mais Garrel est toujours là, en séducteur délicieusement inconstant et déphasé – Honoré aurait-il trouvé là son alter ego, son Jean-Pierre Léaud à lui ? – et autour de lui l’élan qui porte Les chansons d’amour reste le même, rendant le film ardent comme un coup de foudre et bouleversant comme une rupture injuste.

Comme son titre l’indique, Les chansons d’amour est une comédie musicale. Cela n’a rien d’un caprice stylistique de cinéaste, simplement les mélodies prennent le relais lorsque les mots ne suffisent plus dans l'exaltation comme dans la peine. Les compositions pop d’Alex Beaupin sont rythmées et finement ciselées, et la troupe d’acteurs vient poser par-dessus ses voix fermes, traînantes ou mutines avec naturel. Ils et elles chantent un amour protéiforme, envers des êtres humains ou des villes (Paris est filmée avec une passion débordante), envers sa famille ou ses partenaires sexuels, et qui peut se vivre en étant à deux ou à trois, hétéro(s) ou homo(s) – on peut même changer d’avis en cours de route.

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La situation de départ est un ménage à trois brinquebalant, sensuel et rieur entre Julie / Ludivine Sagnier, Ismaël / Louis Garrel et Alice / Clothilde Hesme (quelques adjectifs en vrac pour eux trois, et les autres : beaux, vibrants, complexes, enthousiastes). Ils inventent leurs propres règles et y gagnent une liberté seule à même de dépasser les mesquineries individuelles, de couper le sifflet de la routine et d’offrir des instants hilarants comme celui où Julie explique en toute franchise à sa mère où en est sa vie de couple / trio. En échange de cette liberté, ils acceptent un état d’équilibre instable (qui se retrouve dans la mise en scène d’Honoré, lequel combine avec brio des plans très travaillés et une ouverture totale au monde qui l’entoure). Cette vulnérabilité assumée est finalement la seule attitude raisonnable face à une mort qui peut frapper à tout moment et qui force de toute manière les survivants à se réinventer ou à dépérir à leur tour.

La mort – au tiers du film – est ici tellement abrupte qu’il n’est pas interdit d’y voir autre chose qu’un accélérateur de scénario : la traduction physique d’une menace qui rode. Au-delà du schéma immortel de la comédie musicale (je t’aime, je chante ; tu disparais, je chante ; l’amour renaît, je chante) qu’il adopte avec succès, Les chansons d’amour fait en effet résonner en sourdine une peur rampante, prémonitoire à l’époque du tournage, envers un homme devenu depuis président de la république. Cité explicitement à deux reprises – dont une apparition impromptue dans une scène de poursuite qui se transforme en joli coup de cinéma –, Sarkozy est surtout présent à travers la chape d’inquiétude que ses convictions font peser sur le monde métissé, où la culture joue un plus grand rôle que l’argent et où la place de chacun n’est pas déterminée une fois pour toutes à la naissance, qui vit à l’écran. C’est pour cela qu’il faut continuer à rire au milieu des larmes, à aimer sans contraintes et à chanter en pleine rue : le meilleur moyen de protéger sa liberté est de l’affirmer à corps et à cris. Par exemple, en réalisant une comédie musicale non seulement déchirante et enivrante mais qui est également un grand film politique.

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Par Erwan Desbois - Publié dans : auteurs français contemporains
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Samedi 9 juin 2007 6 09 /06 /Juin /2007 17:26

Où ?
Au cinéma UGC ciné-cité Les Halles 

 

Quand ?
Lundi soir, 20h 

 

Avec qui ?
Ma chérie, un copain et 500 autres spectateurs dans une salle pleine (et globalement captivée) pour une avant-première présentée par le cinéaste 

 

Et alors… ? 

 

L’avocat de la terreur n’est pas un documentaire, c’est un duel. À fleurets mouchetés, mais en portant réellement leurs coups, s’affrontent sous nos yeux pendant 2 heures Barbet Schroeder, cinéaste chevronné à qui l’on a commandé un portrait (et qui doit donc filmer du réel), et Jacques Vergès, avocat spécialisé dans les causes les plus indéfendables et scandaleuses et qui a bâti sa notoriété sur son talent à créer son personnage et à le mettre en scène. La gageure à laquelle est confronté le réalisateur officiel du film est donc de parvenir à ne pas se faire voler sa place par le réalisateur officieux prêt à bondir qu’il a face à lui. 

 

Prévoyant, Schroeder s’assure deux coups d’avance, sous la forme d’un carton précisant que le film présente un avis subjectif puis d’un pré-générique exposant au grand jour l’amitié qui lie Vergès aux ex-Khmers Rouges. Il n’ira jamais plus loin dans la provocation directe, bien conscient que son sujet-adversaire est encore plus à l’aise face à la diabolisation que face à la flatterie. Plutôt que de l'agresser frontalement, Schroeder va plutôt laisser Vergès envoyer ses piques verbales terriblement efficaces (on rit presque malgré soi à ses bons mots et autres raisonnements faussement naïfs) dans le vide… et le contourner en allant filmer d’autres témoins et documents.

 

blog-avocat.jpg

 

De la guerre d’Algérie à l’organisation terroriste de Carlos en passant par les liens avec les organisations terroristes palestiniennes et le procès Barbie, la somme d’archives et de rencontres accumulée par le réalisateur est impressionnante – en quantité mais surtout en qualité. Les vieilles coupures de journaux, les citations d’émissions télé et les déclarations d’anciens terroristes traqués aux quatre coins du globe sont toujours suffisamment précises pour venir contredire les enjolivements et mensonges de l’avocat. À mesure que le film avance, la parole de ce dernier est de plus en plus noyée dans le flot d’informations orchestré par le montage au pas de charge du film, et finit par devenir quasiment inaudible. Sans sa principale arme de nuisance, Vergès n’est même plus le personnage central et inamovible du récit de sa vie, mais un simple passe-plat d’un événement historique au suivant.

 

Grâce à son exigence de neutralité à l’écoute de tous les points de vue (déjà à l’œuvre dans ses fictions hollywoodiennes sous-estimées telles que Le mystère Von Bulow ou Before and after), Schroeder transforme en effet L’avocat de la terreur en une vertigineuse chronologie des luttes armées de la seconde moitié du XXè siècle et de leur déliquescence idéologique graduelle. N’ayant aucun parti pris à défendre, il ne censure aucune source d’information, accolant par exemple des scènes du film polémique La bataille d’Alger et des unes de journaux français de l’époque, des témoignages de poseurs de bombes repentis et d’agents des services secrets français. Il traque ainsi les contradictions et les points de vue inconciliables, et signe un état des lieux dévastateur, qui frôle par moments le trop-plein d’informations mais ne s’écarte jamais de sa ligne exigeante et haletante. Et Vergès dans tout ça ? Schroeder le laisse à ses démons et aux pactes faustiens qui semblent le lier à des ex-nazis et autres tueurs psychopathes. La victoire du cinéaste est totale.

Par Erwan Desbois - Publié dans : documentaires
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Samedi 9 juin 2007 6 09 /06 /Juin /2007 17:18
Où ?
 
Au cinéma UGC Opéra
 
Quand ?
 
Mardi soir, 22h
 

Avec qui ?

Ma chérie, et une dizaine d’autres spectateurs (dont 3 sont partis avant la fin)
 

Et alors… ?
 

Marre des films français fauchés ! Ce n'est pas le seul défaut du nouveau film de Catherine Breillat, ni même le principal, mais ça n'arrange franchement rien. Décors en carton et dont on sent qu'ils s'arrêtent à 20 cm hors du champ de la caméra, rôles mineurs inexpressifs, montage bancal (sur les axes de caméra, les nuances de jeu des acteurs) qui donne le sentiment que faute de temps et d'argent chaque scène a été tournée en trois prises maximum... Tout cela est sans cesse pesant, et souvent insupportable.

 

Une vieille maîtresse a donc un autre gros défaut : Breillat semble avoir choisi ce thème uniquement pour jouer à la poupée avec un film en costumes. Elle raconte son histoire au premier degré, sans tisser des liens de correspondances avec notre époque, et ne va du coup nulle part. C'est là qu’intervient le coup de gueule poussé plus haut : si encore cette histoire était bien racontée, l’indulgence nous porterait tranquillement jusqu’au générique de fin... La frustration ne s’apaise que par à-coups, quand au milieu du néant surgissent une scène, un plan, une idée de mise en scène qui rappellent que la dame a indéniablement du talent. Son traitement du sexe est en particulier – et comme toujours – à mettre dans le haut du panier. Quant au casting du couple principal au troublant et lascif mimétisme physique, c’est sans aucun doute le coup de génie cinématographique le plus mal exploité de ce premier semestre 2007.

blog-vieille.jpg

 

Par Erwan Desbois - Publié dans : cinema francais
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