Au service secret de sa majesté, de Peter Reed (Angleterre, 1969)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?

En DVD (avec uniquement une piste VF ! mauvaise surprise), à la maison

Quand ?
Le week-end dernier
Avec qui ?
Seul
Et alors… ?

Le 6è épisode de la série est un James Bond fantôme. Pour s’en convaincre une fois pour toutes, il suffit d’aller sur IMDb taper « james bond » dans le moteur de recherche – parmi les 300 réponses (longs-métrages, featurettes, jeux vidéo…), Au service secret de sa majesté n’apparaît pas. Rayé, effacé, mais pas oublié pour tout le monde : à le revoir aujourd’hui, il semble avoir servi de boîte à outils d’où l’on extrait des séquences ou des idées de scénario présentées comme autant de nouveautés à grands coups de marketing. La mutation de James Bond en un être dur au mal, dénué de gadgets et amoureux au cœur brisé qui est au centre du récent Casino Royale ? Déjà là. La grande poursuite à skis du Monde ne suffit pas ? Idem. Il y a même dans Au service secret de sa majesté une poursuite en bobsleigh, toute aussi impressionnante.

 

Pour Au service secret de sa majesté, les producteurs ont dû faire face au désistement de Sean Connery, lassé du smoking de l’agent 007. Son remplaçant fut l’éphémère George Lazenby, dont l’accueil fut si mauvais qu’il reste à l’heure actuelle le seul interprète du rôle à ne l’avoir joué qu’une fois. Sean Connery fut rappelé en urgence pour le film suivant, Les diamants sont éternels, avant de laisser la place à Roger Moore. Le choix de Lazenby était effectivement malhabile : proche physiquement de son prédécesseur, il n’en a ni l’humour, ni la classe agrémentée d’une touche de salacité. Mais il reste malgré tout largement supérieur à Roger Moore, et le mystère du succès de l’un et de l’échec de l’autre demeurera entier à tout jamais.

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L’autre « erreur » du film est sans doute d’avoir voulu aiguiller la saga sur des voies différentes des attentes du public – ou en tout cas, de l’avoir fait trop maladroitement. Dans cet épisode, James Bond n’est plus une icône aux signes distinctifs aussi futiles que cultes (le numéro, le martini, l’Aston Martin, les james bond girls) mais un personnage de fiction comme les autres, mis au service d’une histoire plutôt que l’inverse. Le meilleur exemple de ce rééquilibrage est la faible place laissée au milliardaire mégalomaniaque et maléfique Blofeld par rapport à l’histoire d’amour entre Bond et une belle comtesse, jouée par Diana Rigg (la Ema Peel de Chapeau melon et bottes de cuir). L’agencement est malheureusement bancal, et la partie sentimentale a du mal à convaincre tout en privant l’action de l’ampleur qu’elle a habituellement chez 007.

 

Ces efforts finissent tout de même par payer, lors d’un épilogue superbe et déchirant, qui semblait vouloir lancer la série sur une nouvelle piste, ambitieuse mais qui restera en friche. Par ailleurs, Au service secret de sa majesté comporte suffisamment de qualités pour faire oublier ses défauts : un décor alpin de rêve et superbement exploité dans l’action, un rythme haletant dans sa seconde moitié, une mise en scène et une photographie soignées. Au final, il s’agit d’un des très bons épisodes de la série, et de toute évidence du plus sous-estimé.

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Publié dans classiques US

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