Exilé, de Johnnie To (Hong Kong, 2006)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?

À l’UGC Opéra, dans la petite salle (80 places, mais au moins l’écran reste d’une taille raisonnable)

Quand ?
Dimanche matin
Avec qui ?

Seul, avec 5 ou 6 autres passionnés pas encore partis en vacances

Et alors… ?

Il fallait donc bel et bien compter sur To. Après les prometteurs mais hésitants Running out of time et PTU, l'année 2007 prend des allures de feu d'artifice, lancé par le diptyque Élection – qui mettait déjà la barre haut – début janvier, et dont le bouquet final est cet Exilé magnifique. Le seul réalisateur d'envergure aujourd'hui à HK atteint donc enfin en son nom propre le niveau d'excellence de ses films signés à moitié (Fulltime killer, où est co-crédité au générique Wai Ka-Fai), voire pas signés du tout (The longest nite, soi-disant mis en scène par l'inconnu Patrick Yau).

 

Au passage, Exilé est aussi le meilleur film venu de HK depuis Time and tide de Tsui Hark en 2001. Le mérite de To est encore plus grand que celui de ses prédécesseurs, car lui n'a ni compétition forcenée (l'âge d'or du début des années 90) ni désir de revanche (le Tsui Hark de Time and tide revenait humilié de Hollywood) pour le pousser à élever son talent jusqu'à l'excellence. Ce soi-disant « film de vacances » (selon le réalisateur) ne mérite cette appellation que sur un point : le scénario tient sur un timbre-poste. 2 tueurs viennent exécuter un contrat sur un rival qui a tenté de tuer leur boss ; lequel rival voit arriver en même temps à sa rescousse 2 complices. Les voilà donc 5, qui vont s'associer temporairement pour monter un coup permettant à la femme de la cible d'avoir suffisamment d'argent pour refaire sa vie une fois son mari exécuté.

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Avant que ces quelques infos de base nous soient données, un premier gunfight époustouflant a déjà eu lieu, qui fixe les règles pour les 108 minutes à venir : importance cruciale de la disposition des lieux, prédominance du beau (beaux plans, beaux effets de lumière, belles postures des persos) sur le réaliste (lois de la physique, comportement des héros), dilatation à l'extrême du temps de l'action pour exploiter toutes les possibilités de la scène. Ces règles correspondent à la transformation de Macao, où se déroule l'intrigue, en un immense terrain de jeu pour cinéaste décidé à aller au bout de ses envies formelles. Après l'appart aux pièces plongées dans la pénombre viendront le resto sous une gigantesque verrière sphérique, un cabinet de médecine clandestin séparé du reste de l'appart par de grandes tentures, et d'autres jusqu'au somptueux bouquet final dans un hall d'hôtel avec escalier et balustrade, comme au bon vieux temps des westerns, ces ancêtres des gunfights modernes.

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Comme la liste ci-dessus l'indique, To abandonne les lieux habituels du genre (hangars désaffectés, cages d'escalier...) mais aussi de son propre cinéma (point de rues vidées ou non de leur circulation ici) pour emmener l'action vers d'autres contrées, au propre comme au figuré. On reste du coup bouche bée d'un bout à l'autre devant l'efficacité et l'inventivité débridée de cet enchaînement d'action non-stop, qui à aucun moment ne s'essouffle ni ne se répète, et où chaque idée est une idée géniale. Signe de l'assurance tranquille du réal, Exilé se dote en plus sur la durée de 2 composantes rarissimes à HK : des persos attachants et complexes (avec un casting de rêve, Antony Wong et Nick Cheung en tête), et une morale sous-jacente qui se rapproche là encore des westerns classiques, en faisant la part belle à la fraternité face à l'appât du gain et du pouvoir. Dans une ville aussi aveuglément capitaliste que HK, la prise de position est limite révolutionnaire.

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Publié dans johnnie to

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