Supergrave, de Gregg Mottola (USA, 2007)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?
Au ciné-cité les Halles, dans une petite salle qui est l’une des dernières à Paris où le film se joue, seulement 2 semaines après sa sortie. Un ratage au box-office qui est ironiquement (trop) souvent un signe de qualité pour une comédie venue d’outre-Atlantique (cf. les scores ridicules, voire les direct to dvd de Will Ferrell ou Jack Black)
 

Quand ?
 
Mardi soir
 

Avec qui ?

Ma fiancée et mon frère, et une vingtaine de spectateurs dont aucun (hormis les 2 sortis au bout d’un quart d’heure) ne semble avoir été déçu de sa soirée
 

Et alors ?
 
 

La fine équipe réunie autour de Judd Apatow illumine de son talent comique la fin de l'année, en l’espace de 2 films – En cloque, mode d’emploi (chroniqué ici) et ce Supergrave, seulement produit par Apatow mais écrit par 2 acteurs de En cloque…, les 2 longs-métrages partageant également une partie de leurs castings. Plus ouvertement comique, Supergrave est un teen-movie pas comme les autres. On n’y sent aucune recette, calcul marketing ou pudibonderie gênée masquée tant bien que mal derrière quelques blagues vulgaires de façade. Non, pendant la séance, l'impression que l’on a est celle d'être à une soirée, avec un bon pote qui vous raconte une hilarante anecdote de sa jeunesse. C'est d'ailleurs bien ce qui se passe, puisque les 2 scénaristes ont écrit le film d'après leurs souvenirs et ont nommé les 2 héros comme eux – Seth et Evan. Une nostalgie jamais dévoyée s'immisce ainsi dans tous les aspects du film : générique de début et bande-son typés fin 70 début 80, ou bien cet artifice de scénario qui habille les héros avec des vêtements de leurs parents, qui datent donc de... fin 70, début 80.

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Supergrave est à hurler de rire, faites-moi confiance. Voilà, tout est dit.
Plus de détails ? Bien, disons alors que Supergrave est une irrésistible fusée à 3 étages :

 

1) Un humour décapant, mené à un rythme d'enfer (on retrouve la construction en longs sketches type série TV déjà à l’œuvre dans En cloque…) et dont la grosse dominante sexe - biture est exploitée sans retenue. Mine de rien, c'est une belle forme de respect du public, de son intelligence et de sa maturité : les aspects peu ragoûtants des 2 thèmes – oui, les règles et le vomi – sont évoqués, même si c'est évidemment sous forme de blague (très drôles)

 

2) Le film n'hésite pas à être ambitieux dans ces gags (sortir un gag impliquant Orson Welles dès la 5è minute, qui ose ?), et joue sur la répétition, le décalage et l'absurde avec génie : réapparition régulière de personnages secondaires (le cas extrême étant le duo de flics débiles, qui comme dans un Preston Sturges remplit au culot la moitié du film), insertion brutale de flash-backs et de rêves dans la linéarité du récit

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3) Enfin, une très belle idée de fond, finement écrite et jouée, qui donne le coup de collier nécessaire pour transformer les 80 minutes syndicales en 110 : l’inversion des rôles entre les garçons (ici émotifs, pas sûrs d'eux, vivant à fond leur amitié avec son lot de confessions, jalousies...) et les filles (qui maîtrisent la situation, prennent les initiatives). La fin de ce After hours version teen peut se produire quand les mecs se hissent au niveau des filles, et se montrent dignes de leurs attentions au lieu de les (filles) forcer à s'abaisser pour venir les (garçons) chercher.

Publié dans comédies US

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