Retour sur Paranoid Park et Les promesses de l’ombre

Publié le par Erwan Desbois

Où ?
Au MK2 Quai de Seine pour le premier, et toujours au Max Linder pour le second
 

Quand ?

Le week-end dernier
 

Avec qui ?
 
Seul, comme souvent pour ces « retakes »
 

Et alors ?
 

Ces 2 films dont j'ai déjà longuement parlés ici et , je suis allé les revoir comme j'aime à le faire pour les longs-métrages qui m'ont réellement touché – souvent, j'y trouve à la 2è vision d'autres choses qui enrichissent encore mon admiration. C'est encore le (double) cas ici, et ces 2 films sont définitivement de vrais joyaux de cinéma, à la fois remarquablement limpides dans leur exécution et complexes dans leurs significations profondes.

 

Paranoid Park : j'ai longuement développé dans ma chronique du film à quel point celui-ci s'apparentait à un parcours mental, la délivrance d'un adolescent qui parvient à mettre en harmonie ce qu'il ressent en son for intérieur et la réalité tangible du monde extérieur. A la 2è vision, ce parcours semble d'une enivrante facilité, une sensation due en partie à un choix de mise en scène aussi évident dans son énonciation que complexe dans sa mise en oeuvre : tout Paranoid Park est filmé d'un unique point de vue – celui d'Alex (le héros) ou non selon qu’il est dans la scène ou pas. Ce qui compte, c'est que toutes les scènes n'ont qu'un axe, qu’une direction franche ; l’exemple le plus frappant est le nombre extrêmement réduit de contrechamps, y compris dans les dialogues. De mémoire, seuls 3 me reviennent : les 2 face-à-face avec l’inspecteur, et celui avec le vigile coupé en deux – soit les 2 représentants de l'ordre établi à intervenir dans le récit. Tous les autres personnages, et donc toutes les scènes les impliquant, accompagnent Alex dans son parcours : cet accompagnement fraternel, constructif, est donc symbolisé par une mise en scène qui va dans un seul et même sens, suit un seul et même mouvement. Pourquoi pas celui d'un planche de skate, symbole de la fluidité et de la liberté.

 
 

Je parlais également dans mon texte du retour de Gus Van Sant à l'univers de ses premiers films. Cela appelle à nuancer l'ivresse ressentie devant la libération d'Alex : les personnages de Mala noche, My own private Idaho qu’il « rejoint » sont certes libres vis-à-vis de la société mais pas face à leurs addictions et à leur statut de « misfits ». En suivant ce chemin (clairement signalé dans la dernière scène de cours de lycée), Alex nous fait ressentir un certain pincement au cœur à son égard, car il nous remémore le destin pas forcément rose de ses prédécesseurs – mais libre, ce qui est le principal aux yeux de Gus Van Sant.

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Les promesses de l'ombre : si A history of violence était une histoire de dualité, Les promesses de l'ombre en explose le concept en étant une histoire de dualitéS. Est-Ouest, bien-mal, masculin-féminin : les oppositions sont nombreuses, et leurs combinaisons le sont encore plus dès lors que l'on regarde le film en ayant en tête sa construction par opposition de blocs. Ainsi, la catégorie des gens « normaux » n'est composée que de femmes ; et l'underworld ne comprend que des hommes. Parmi ces hommes, les plus à même d'effectuer la jonction entre les deux mondes sont ceux qui assument le plus leur côté féminin – Cassel et Mortensen, dont le duo passionnel joue avec brio sur les sous-entendus homosexuels. Les implications possibles de ce style semblent infinies quand on revoit Les promesses de l’ombre, et c’est sûrement à chacun d’en tirer son propre tableau général. Tout en gardant à l’esprit que Cronenberg n'a clairement pas l'intention de laisser son film être facilement décrypté : le baiser final entre Mortensen et Watts bouscule ainsi la plupart des théories imaginables auparavant. Plus qu'un truand à l'identité globale, et plus précisément sexuelle, incertaine, Mortensen pourrait-il être une « force » érotique, un ange pervers intervenant dans le film pour mettre les membres de ces deux mondes en action et faire bouger les lignes ? Réponse lors d'un futur 3è visionnage...

 

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Publié dans ciné indie

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