Gone baby gone, de Ben Affleck (USA, 2007)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?
Au MK2 Bibliothèque, dans la salle B (qui est toujours pleine de courants d’air)
 

Quand ?
 
Mercredi soir, le jour de la sortie
 

Avec qui ?

Ma femme, avec qui j’ai enchaîné dans la même journée Actrices (déconseillé) et ce film (conseillé)
 

Et alors ?
 

Un roman de Dennis Lehane, une histoire d’enlèvement d’enfant à Boston, un enquêteur originaire du quartier et qui en connaît les bons comme les mauvais éléments : l’ombre du grandiose Mystic river de Clint Eastwood plane au-dessus de la 1ère réalisation de Ben Affleck. Tant mieux, serais-je tenté de dire une fois les 2 heures de film passées, tant Gone baby gone tient la route – et donc la comparaison, en mode à peine mineur.

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Le film (sans doute à l’image du roman) est intelligemment découpé en 2 parties. La 1ère heure suit le fil d’une enquête en apparence linéaire, où pour remonter à la source du drame les flics déterrent les exactions et les ratés d’une bande de membres peu fréquentables d’un quartier chaud. Très à l’aise, Ben Affleck sait quand faire les beaux plans (un superbe travelling en hélicoptère au-dessus d’un lac dans lequel se reflète un banc de nuages ; une poupée de fillette perdue dans l’obscurité dans un coin du cadre ; un assaut sanglant mené sur une maison glauquissime où se terrent 2 camés et 1 pédophile) et quand s’effacer derrière ses acteurs et les laisser mener l’intrigue. Au premier rang de ceux-ci se trouve son frère cadet, Casey Affleck. Il est touchant de voir Ben, après s’être suicidé en tant qu’acteur dans Hollywoodland (au sens figuré : sa performance n’était pas ridicule, au contraire, mais il y interprétait un acteur raté), lancer un an plus tard son frère vers les sommets en lui offrant un tel premier rôle en or, présent dans tous les plans ou presque.

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Dès la séquence d’ouverture, où sa voix si particulière (nasillarde, mais avec autre chose qui la rend unique et captivante) accompagne des plans pris à hauteur d’homme d’habitants en tous genres du quartier où va se dérouler l’intrigue, Casey Affleck impose sa présence au cœur de Gone baby gone. Et il explose littéralement dans la seconde moitié du film, qui observe l’évolution morale de son personnage au travers de ses réactions aux différents coups de théâtre qui scandent le récit et font voler en éclats les certitudes établies auparavant. Affleck (Ben, cette fois) l’emporte sur tous les tableaux dans cette 2è heure. Il déploie au grand jour sa maîtrise d’un récit complexe, en en rendant les fausses pistes excitantes plutôt que frustrantes pour le spectateur ; et il complète le polar « classique » du début par une brillante plongée dans la psychologie trouble de ses personnages, laquelle débouche au final sur un film politique de premier ordre – soit le même mélange que dans Mystic river. A la question profonde « Parce que l’on a réussi, est-on en droit de remplacer les lois par sa propre conception du bien et du mal ? », Gone baby gone répond de manière claire et courageuse. La fratrie Affleck peut être fière d’elle.

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