La mariée était en noir, de François Truffaut (France, 1968)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?
A mon (ancienne) maison, en K7 vidéo

Quand ?
Dimanche dernier

Avec qui ?
Seul

Et alors ?

Même si La mariée était en noir en lui-même ne vous dit rien, surtout dans la filmographie de Truffaut, il vous est forcément familier pour son décalque grandiose réalisé par Quentin Tarantino. Et oui, au milieu de ses multiples influences, Kill Bill doit surtout beaucoup à ce film de François Truffaut dont il reprend le concept simplissime de départ (une femme décide de tuer les 5 personnes qu'elle tient pour responsables de la mort de son époux le jour de leur mariage) ainsi que d'autres choses, comme on le verra plus bas. Pas chien, Tarantino a d'ailleurs repris texto le titre de La mariée était en noir pour le 1er chapitre de son propre long-métrage.

Si La mariée était en noir a été pastiché de la sorte, il est amusant de s'en rendre compte en le voyant qu'il s'agit lui-même d'un pastiche. Le début, où s'enchaînent à vive allure les premières vengeances, est ni plus ni moins qu'un collage des plus grands films de Hitchcock, dont Truffaut était un fan absolu. Le « petit » français s'amuse visiblement à copier ses scènes favorites du maître anglais, de Sueurs froides à L'homme qui en savait trop en passant par Soupçons. Et puis bien évidemment, il y aussi cette partition de Bernard Hermann, le compositeur fétiche de Hitchcock, parfaite et parfaitement employée.

Parmi les autres points sur lesquels Truffaut s'inscrit en prédécesseur de Tarantino, citons l'idée de proposer, le temps des courtes scènes qui précèdent leur meurtre, des numéros géniaux (presque des caméos) à des acteurs de renom : Michel Bouquet, Jean-Claude Brialy en séducteur maniéré, Michael Lonsdale en carriériste imbu de lui-même... Face à eux, Jeanne Moreau est la Uma Thurman de Truffaut, qui manifeste la même admiration et le même fétichisme que Tarantino dans le rapport au corps de son actrice. Jeanne Moreau se voit transformée en une véritable icône aux vêtements, aux postures et aux actes irréels et mémorables.
Mais là où le bât blesse dans La mariée était en noir, c'est que Truffaut n'ose pas autant aller au bout de son concept en sacrifiant le film à sa vénération de son héroïne centrale. Il cherche à réaliser le plus sincèrement de monde un véritable polar, et force est de constater que c'est loin d'être un genre où il excelle. Il a beau réaliser de superbes scènes de genre, il est incapable de se détacher suffisamment des personnages, des anecdotes du quotidien (on voit bien qu'il aime autant, voire plus, des scènes anodines comme une discussion avec une concierge ou des confidences sentimentales entre hommes) pour générer la tension nécessaire. Dès lors, la profonde faiblesse du McGuffin du scénario se ressent d'autant plus, et gêne l'immersion dans l'intrigue. Dommage pour Jeanne Moreau, sublime, et pour la conclusion délicieusement amorale.
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