Blindness, de Fernando Meirelles (Japon-Brésil-Canada, 2008)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?

Au ciné-cité les Halles, dans une petite salle (mais assez remplie)

Quand ?

Jeudi soir, à 22h

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

Il est étonnant de « réussir » à passer autant à côté de son film. Blindness est littéralement dénué d'une histoire : il s'appuie uniquement sur son pitch de départ, l'apparition brutale d'une épidémie mondiale et inexpliquée de cécité. Pour faire joli, cette cécité est blanche plutôt que ténébreuse, et le réalisateur Fernando Meirelles abuse de la mise en œuvre visuelle de ce principe sous la forme de plans laiteux, nimbés d'une lumière blanche aveuglante. Le problème est que ces plans sont en totale contradiction avec les deux axes majeurs du film que sont la volonté de sobriété de la mise en scène (à l'opposé de La cité de Dieu et The constant gardener, les deux excellents premiers films de Meirelles), et la neutralité objective prise comme point de vue du récit. Ces axes sont efficacement mis en place dans l'introduction. En sautant d'un personnage à autre avec hâte, sans nous laisser le temps de les situer sur l'échiquier moral et d'influence du film, Meirelles fait valoir la primauté du thème sur les destins individuels comme savaient le faire les films politiques des années 70. Et en filmant exclusivement dans des décors huppés et/ou ultramodernes, au cœur desquels démarre puis se répand l'épidémie, il renverse la sensation de protection et de désir généralement perpétuée par de tels lieux.


Ensuite le film, qui est adapté d'un roman (de José Saramago, prix Nobel de littérature quand même), semble se contenter d'en ouvrir des pages au hasard et de filmer les scènes ainsi trouvées. Entre autres, Blindness va se perdre une heure durant dans un centre de rétention en quarantaine où les personnages sont balancés arbitrairement. Un arbitraire qui règne aussi sur les règles en vigueur et sur la répartition des gens dans les dortoirs de la prison, dans le but de monter à la hâte une opposition foireuse et bâclée entre dictature et démocratie, loi du plus fort et civilisation. On a beau cherché, on ne voit aucun fil directeur au sein de cette interminable digression, pas plus qu'entre celle-ci et ce qui précède ou suit - une soporifique enfilade d'aphorismes et de plans sursignifiants sur le thème « le monde peut aussi être beau sans la vue », tout juste entrecoupée d'une variation triste sur la scène du supermarché de 28 jours plus tard. Blindness ne comporte pas non plus de thème directeur, de prise de position qui donnerait un sens à ce que l'on voit. Pourtant, la présence de fulgurances de forme - une jambe gangrénée, un couloir rempli d'immondices - et de fond où l'actualité brûlante surgit tout d'un coup (des dirigeants mondiaux incapables de réagir à une crise autrement que par des incantations, un départ de feu sur un matelas dans un centre de rétention) indique qu'il y avait matière à faire mieux, voire à faire grand. Mais ces éclairs arrivent toujours en fin de séquence, au moment où le film passe à autre chose. De même, la position spéciale de l'héroïne - elle continue à voir - n'est jamais expliquée (c'est bien) mais n'est pas non plus exploitée (c'est moins bien). Et au final, on ressort de Blidness inchangé par rapport à avant de l'avoir vu.


Publié dans navets et déceptions

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la cinéphile masquée 28/12/2008 16:33

le site montre bien que l'auteur voit beaucoup de films. Et comme l'auteur n'est pas un enfant à l'hôpital, il ne peut donner que l'avis qu'il a eu.
Ca n'empêche pas : bravo pour votre association!

philippe muyl 11/11/2008 05:20

cher momsieur, vous devez faire partie de ces gens au triste ego qui n existent que dans la negation ! Dans le cadre d une association qui s appelle Les toiles enchantees, j ai eu l occasion de presenter Magique dans une dizaine d hopitaux pour enfants. Si vous voyiez leurs yeux et leurs sourires, vous ecririez peut etre moins de betises et votrre ame s eclaircirait peut etre un peu ! On peut toujours rever...