Lola, de Jacques Demy (France, 1960)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?

A la maison, en DVD zone 2


Quand ?

Lundi soir


Avec qui ?

Ma femme


Et alors ?


Premier long-métrage de Jacques Demy, Lola a des airs de brouillon des œuvres mythiques à venir. Il y a des numéros chantés et dansés, des matelots en permission, des familles monoparentales mère-fille où l'on attend l'hypothétique retour du père, des mouvements de caméra raffinés, des amours contrariées... et la relative gaucherie dont fait preuve le film dans sa première moitié, où il se montre hésitant dans l'articulation de son scénario (particulièrement ambitieux il est vrai), appuie cette impression de coup d'essai.



Mais dans sa deuxième moitié, l'œuvre courte, quasi météorique (1h20 d'un récit resserré sur deux jours) qu'est Lola atteint un degré d'intensité qui nous chavire - pour la première fois d'une longue série pour le cinéaste - justement grâce à ce bouillonnement chaotique de personnages et de connexions. L'exagération dramatique consistant à déclencher la résolution, en bien ou en mal, de tous les fils narratifs tirés par le scénario sur un laps de temps réduit à quelques heures fonctionne merveilleusement bien, et drape Lola d'une urgence et d'un lyrisme dignes du romantisme le plus fervent. Portée par un noir et blanc intemporel et une musique exaltée, cette bataille contre la fatalité est du même ordre que celle que Demy filmera immédiatement après dans l'enfer des casinos, pour La baie des anges. Ce que des films choraux par poignées tentent platement d'exprimer ces temps-ci en se traînant la plupart du temps en longueur, Demy le transcende dans la dernière demi-heure de Lola : les aspirations de chacun sont inévitablement divergentes, voire contradictoires de celles du voisin, des parents et même de l'être aimé. Et de cette ironie insurmontable découle la majorité des drames de la vie. Ce qui rend Lola autrement plus amer que les œuvres à venir du cinéaste, c'est le déséquilibre instauré au final entre les personnages : le bonheur des uns se fait au prix du malheur des autres, là où la norme chez Demy est plutôt que les héros terminent tous heureux (Les demoiselles de Rochefort, Peau d'âne, 3 places pour le 26) ou tous malheureux - La baie des anges, Les parapluies de Cherbourg. Lola est en ce sens frappant (et bouleversant dans son plan final), car il est le film le plus réaliste de Demy avec le méconnu et génial Model shop (critique bientôt).



Ce réalisme se teinte tout de même d'une touche de fantasmagorie, via l'idée tacite que la danseuse Lola (Anouk Aimée, dans une version tragique émouvante du rôle de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion), l'autre personnage féminin Madame Desnoyers (Elina Labourdette) et sa fille adolescente Cécile (Annie Dupeyroux) sont en réalité trois étapes de la vie d'une même femme. L'ambition du procédé et la délicatesse de son exécution - le plus souvent par des allusions faites au détour d'un dialogue - donnent à Lola une dimension supplémentaire, là encore inattendue pour un film aussi concentré et d'apparence secondaire.


Publié dans jacques demy

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