Là-haut, de Pete Docter (USA, 2009)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?

Au ciné-cité les Halles, où le film passe en VO même aux séances en journée

 

Quand ?

Dimanche matin

 

Avec qui ?

Mon frère, et mes deux compères d’UGC

 

Et alors ?

 

(et alors, tout d’abord, l’avertissement que quelques spoilers traînent ça et là dans cette chronique… difficile de faire autrement avec le scénario du film)

 

Tous les avis concernant le film le disent, et c’est vrai : on se surprend à plusieurs reprises à sentir ses yeux s’embuer sérieusement devant Là-haut. Le passage le plus tire-larmes du film étant assurément ce montage dépourvu de dialogues qui raconte en quelques saynètes le destin du couple formé par le héros Carl et son épouse Ellie, de leur rencontre durant l’enfance jusqu’à la mort, de vieillesse, d’Ellie. De ces soixante-dix ans de vie commune, on nous montre surtout des revers, des illusions brisées par la vie – d’une impossibilité à avoir des enfants à la routine des tracas du quotidien, qui aspire votre énergie autant que vos économies et vous piège dans une logique de survie au lieu de vivre vos rêves. La candeur, la simplicité, l’effacement, la douceur avec lesquels est fait ce résumé de deux vies, inaccomplies mais pas ratées, fendent le cœur. Là-haut s’élève alors dans les plus hautes sphères du mélodrame, et tout l’étalage de couleurs, de gags et d’aventures dont il nous gratifiera ensuite en conservera un spleen affleurant, qui ne demande qu’à déborder de nouveau. Ce sera par exemple le cas lors de la scène où Carl pose enfin sa maison à l’endroit de leurs rêves à eux deux, Ellie et lui. Toutes les péripéties de l’intrigue s’effacent alors, laissant la place aux souvenirs et à une douce tristesse.

En dehors d’Hayao Miyazaki, seul le studio Pixar parvient ainsi, par fulgurances, à s’extraire du cadre balisé du dessin animé pour embrasser des émotions, des sujets plus matures et universels : le questionnement de l’identité dans Toy story 2, la vie de famille dans Les indestructibles, la fin du monde dans Wall-E. De Wall-E, parlons-en justement ; lui aussi proposait, l’été dernier, une première demi-heure d’exception avant de sévèrement se prendre les pieds dans le tapis. Là-haut évite fort heureusement un tel écueil, pour deux raisons – des ambitions moins imposantes (Wall-E raconte une grande histoire morale, Là-haut une petite histoire intimiste), et un rythme établi et entraînant. Wall-E est un film particulièrement statique, qui une fois qu’il a effectué sa transition entre ses deux états, la Terre dévastée et le vaisseau spatial, est en panne sèche d’idées pour se renouveler. Dans Là-haut, le départ pour l’aventure en maison volante, largement exposé dans la bande-annonce et sur les affiches, est un revirement de scénario qui arrive après plusieurs autres surprises de taille – l’ouverture par un flash d’informations à la manière des années 1930, l’irruption renversante d’Ellie, sa mort alors qu’elle s’était immédiatement imposée comme le moteur du scénario – et qui en précède bien d’autres encore.

Wall-E est un court-métrage contemplatif artificiellement gonflé, tandis que Là-haut est une œuvre d’une absolue liberté, qui peut aller où bon lui semble et qui brise en passant quantité de barrières scénaristiques que s’auto-inflige trop souvent le genre du dessin animé. Ellipses temporelles, démultiplication des lieux (même pour une seule scène : le tribunal, la caverne de Muntz, le méchant…), manipulation des moyens de raconter l’histoire (le flash info déjà cité, une courte scène de rêve, l’album photo vers la fin…) : le réalisateur Pete Docter ne fait pas du cinéma d’animation, mais du cinéma tout court.

C’est grâce à cela que Là-haut peut sauter sans jamais se louper du rire aux larmes, du sérieux à l’absurde, du réalisme presque cynique de la description des personnages (le plan fixe sur le monte-escalier motorisé de Carl pour descendre son escalier ; la jugeote très limitée de Russell, le gamin qui lui colle aux basques ; l’agressivité ressassée pendant des décennies par Muntz) à la folie douce des péripéties. Le film est ainsi capable d’enchaîner une scène tendre et mélancolique avec un dernier acte que l’on pourrait résumer par « la bataille finale du Retour du Jedi rejouée par des chiens qui parlent », sans que ni l’un ni l’autre ne semblent hors de propos. Le traitement mental des animaux, placés quelque part entre l’humanisation et un comportement plus « réaliste », à base de réactions instinctives stupides et incontrôlables, est de façon générale d’une absurdité hilarante. La relation très buddy movie entre Carl et Russell, et les spectaculaires séquences d’action fonctionnent elles aussi très bien, voire trop bien : tout cela ramène en douce Là-haut sur les rails plus convenus d’un efficace divertissement à l’hollywoodienne. Du coup, le fait que les problématiques initiales (le placement de Carl en maison de retraite contre son gré, principalement) soient finalement ignorées parvient – presque – à passer inaperçu. Mais c’est peut-être encore un peu trop demander à Pixar que d’attendre qu’ils mènent leur version animée de Gran Torino jusqu’à son terme. On peut déjà se réjouir qu’après quelques films faiblards, ils soient – presque – revenus au niveau des Indestructibles.

En aparté, signalons une faute de goût notable : la scène où, pour faire redécoller sa maison, Carl la débarrasse de tous ses meubles, dont une télévision et un frigo, qu’il laisse croupir dans un lieu naturel paradisiaque et inhabité n’est pas franchement digne du studio qui a imaginé Wall-E et son message écolo radical…

Publié dans dessins et animés

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