Casanova ’70, de Mario Monicelli (Italie, 1965)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?

En DVD zone 2, sur mon ordinateur portable en vadrouille à Wengen

 

Quand ?

Vendredi soir

 

Avec qui ?

Ma femme, qui me l’a offert pour mon anniversaire

 

Et alors ?

 

Cet été, les ressorties de films italiens ont fleuri de toutes parts sur Paris : les premières œuvres de Nanni Moretti par ici, les classiques de Dino Risi – entre autres Le fanfaron – par là, ou encore deux longs-métrages primés proposés par le Champo, Hier aujourd’hui et demain (Oscar du meilleur film étranger en 1964) et Ces messieurs dames (Palme d’Or en 1966). Le support DVD a suivi le mouvement, avec plusieurs éditions de qualité dont celle chez Carlotta de Casanova ’70. La superstar italienne de l’époque Marcello Mastroianni y joue un séducteur invétéré qui se découvre impuissant, sauf lorsque ses parties de jambes en l’air impliquent un danger certain et immédiat. Notre Casanova, Andrea de son vrai prénom, va donc osciller tout au long du film entre la quête – voire la provocation – de telles situations périlleuses, et l’ambition de se ranger pour de bon de tout désir charnel.

La petite analyse du film proposée en complément de programme sur le DVD a le grand mérite de replacer Casanova ’70 et ceux qui y ont participé dans le contexte prestigieux de l’époque. Le producteur Carlo Ponti venait d’enchaîner deux Godard (Une femme est une femme et Le mépris) et Docteur Jivago ; le duo de scénaristes Agenore Incrocci et Furio Scarpelli avait à son actif un bon nombre des plus grands succès de la comédie italienne (Les monstres, La grande guerre) ; le réalisateur Mario Monicelli est l’homme ayant mis en scène celle qui est peut-êtrela plus prestigieuse de ces comédies, Le pigeon. Casanova ’70 est donc possiblement un film « mineur » dans la carrière de tous ces gens, mais une telle œuvre reste infiniment supérieure à un hypothétique film « majeur » de Christian Clavier. Casanova ’70 est surtout notable par le fait qu’il ne cherche pas à tout prix à faire rire, une voie qui aurait pu être particulièrement tentante avec un tel postulat de départ. A la grosse farce triviale, scénaristes et réalisateur préfèrent un comique de situation plus allusif, porté sur l’absurde et les rebondissements imprévus. Leur ambition est d’ailleurs clairement de raconter une histoire, plutôt que d’enchaîner mécaniquement les gags. Ces derniers sont le plus souvent d’une belle finesse, jouant astucieusement sur les accents des personnages, ou les décors qui les entourent. Quant à l’histoire, elle est en soi très divertissante avec sa construction décousue en forme de « marabout – bout de ficelle », qui met à chaque nouvelle situation Andrea à l’agonie – en le forçant à renier les décisions prises quelques minutes plus tôt (chasteté ou luxure), au contact d’hommes et de femmes plus excentriques les uns que les autres.

Clan sicilien obsédé par la virginité d’une fille en âge d’être mariée, conte richissime et sourd (le cinéaste Marco Ferreri) se débarrassant sans ménagement des soupirants de sa femme d’un côté ; prostituée à propos de laquelle il se murmure qu’elle porte malheur à ceux qui emploient ses services, jeune femme affirmant vouloir rester pure jusqu’au mariage avant d’admettre brusquement que cela n’est en rien son aspiration profonde (Virna Lisi) de l’autre. Et au milieu de ce désordre sexuel, le charmeur Andrea / Mastroianni, dans un rôle le plus souvent passif, tout en réactions. Les expressions faciales de l’acteur, ses réponses en forme d’onomatopées à des répliques qui le dépassent, ses haussements de sourcils ou d’épaules, toutes ces choses qui en faisaient un maître du comique d’understatement et semblaient toujours le situer légèrement en dehors du film, font inévitablement à nouveau mouche dans Casanova ’70, du premier plan – en major de l’OTAN dans un défilé militaire – au dernier (rejoignant son épouse sur le lit conjugal… via la corniche de l’immeuble).

A noter, cette édition très réussie concoctée par Carlotta comporte également deux scènes coupées, qui auraient tout à fait eu leur place dans le montage final – bien que n’étant pas à proprement parler dans le cœur du sujet. Tout de même, cette conclusion de manœuvres militaires, avec Marcelo Mastroianni en tenue de camouflage et buisson sur la tête, et cette visite d’un atelier de faussaire en œuvres d’art regorgeant de répliques mémorables (« Je suis ce qu’il y a de plus vieux ici », « Ces sculptures sortent juste du four, comme des pizzas », etc.) sont réellement hilarantes. Il aurait été dommage qu’elles soient perdues à tout jamais.

Publié dans cinéma européen

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