Away we go, de Sam Mendes (USA, 2009)

Publié le par Erwan Desbois

away-1Où ?

A la maison, sur Canal+

Quand ?

Mercredi soir

Avec qui ?

MaFemme

Et alors ?

 

Sciemment manqué lors de son passage en salles pour cause d’arguments insuffisamment convaincants, Away we go a eu droit à une séance de rattrapage depuis mon canapé. Celle-ci a permis de clarifier les doutes que j’avais, en levant certains et en confirmant d’autres. Au final, la balance penche tout de même en faveur du film, qui s’avère plaisant, le plus souvent intelligemment écrit et finement interprété. Au nombre des écueils en mesure de se dresser sur son chemin, on trouvait le genre du road-movie, tellement emprunté qu’il est devenu bien difficile de ne pas s’y embourber ; le formatage qui ne dit pas son nom mais de plus en plus marqué du cinéma américain indépendant, autour d’une poignée de figures de style imposées ; et le pari du réalisateur Sam Mendes de se lancer dans une chronique tendre et terre-à-terre, lui dont les films étaient jusqu’à présent ou deadly serious (Les sentiers de la perdition, Les noces rebelles ) ou cyniques (American beauty, Jarhead), et toujours situés dans un cadre à part – film de genre, autre époque.

away-4

Away we go échappe à deux de ces trois dangers. L’histoire de Burt et Verona, trentenaires amoureux et sans réelle attache dans la vie en dehors de leur couple, les emmène certes à travers les USA (et Montréal), à quelques mois de la naissance de leur premier enfant, en quête d’un point de chute où s’installer et fonder leur foyer. Mais ce road-movie a la clairvoyance de se défaire de la fausse ingénuité habituelle du genre, qui consiste à faire croire à une série de rencontres au hasard, mais assurément enrichissantes, sur le chemin. Burt et Verona vont d’une ville à une autre afin d’y rendre visite aux vieilles connaissances qu’ils ont gardées de leurs études ou de leurs précédents emplois. Ce qui a le double mérite de la crédibilité, et de déboucher sur des scènes immédiatement animées et riches puisque s’appuyant sur le passé commun des personnages. Le spectateur n’a alors plus qu’à prendre le train en marche et apprécier le plaisir ou l’étrangeté des retrouvailles, et la justesse des échanges sur les sujets du couple et du statut de parent.

away-2

L’autre surprise, franchement excellente celle-là, que nous réserve le film est l’aisance avec laquelle Sam Mendes fait ses premiers pas dans le registre comique. Bien entouré par les deux comédiens qu’il a choisis pour les rôles principaux, John Krasinski (The office version US) et Maya Rudolph (du Saturday Night Live) qui forment un couple lumineux et complice, Mendes affiche une belle maîtrise du tempo humoristique. Il crée et entretient celui-ci sans accroc, par l’emploi équilibré des différents éléments à sa disposition – acteurs, positionnement de la caméra, ruptures de rythme par des coupes – pour mettre en valeur la qualité des dialogues et la finesse de l’humour qu’ils véhiculent. De Phoenix à Madison et de Tucson à Montréal, le voyage est ainsi ponctué d’éclats de rire fréquents…

away-3

Mais pas assez fréquents pour fermer la porte au troisième et dernier écueil, qui rôde en permanence à proximité du film et que ce dernier prend en pleine figure au bout de sa route. Au fond de lui-même, Away we go reste un long-métrage indie comme on en fait malheureusement beaucoup trop aux USA, avec un enrobage musical à base de soupe folk, une logique maïeutique immuable (derrière la surface, tout le monde a des problèmes profonds avec lesquels il faut apprendre à vivre), et un esprit « seul contre tous » artificiel à force d’être répété de film en film. Si à chaque fois, ici comme ailleurs, les personnages principaux ont raison dans leur attitude et leurs motivations face à tous les seconds rôles placés sur leur route, alors l’observation du cinéma américain indépendant dans son ensemble conduit à devoir choisir entre une solution où personne n’a raison, et une autre où chacun n’a qu’à vivre seul dans son coin pour limiter les frictions avec les croyances des autres. Ce qui correspond à la décision prise au final par Away we go, qui confère à ses personnages un choix d’endroit où habiter tombé du ciel quelques minutes avant la fin, au détriment d’une autre possibilité de vie (celle à Montréal) délaissée sans raison claire. L’épilogue qui en découle est une scène soudain sirupeuse et ennuyeuse ; destination décevante d’un agréable voyage.

Publié dans ciné indie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article