Claude Chabrol, 1930-2010

Publié le par Erwan Desbois

S’il aimait les chiffres ronds, Claude Chabrol est parti satisfait : décédé à 80 ans, il a tourné 70 films en 50 ans de carrière. Comme ses compères du noyau dur de la Nouvelle Vague (Truffaut, Godard, Rohmer), le démarrage de sa carrière ressembla à l’explosion d’une bombe en plein cœur du cinéma de l’époque avec le triptyque Le beau Serge, Les cousins et Les bonnes femmes sorti en à peine plus d’un an. Puis il trouva son sillon propre, qu’il explora avec gourmandise au fil des décennies : le portrait au vitriol de gens le plus souvent de province, le plus souvent bourgeois (dans le sens de plus en plus élargi que ce terme a pris au cours des Trente Glorieuses et après), le plus souvent impliqués dans un fait divers macabre. Des portraits où l’intelligence du cinéaste se révèle dans l’ironie et le mordant du regard. A égale distance de la sociologie générale de Godard et de l’introspection individuelle de Rohmer, Chabrol ne cherchait pas à trouver une vérité comme eux mais traquait le mensonge, dans toutes ses observations brutes d’individus évoluant au sein de la société. Pour lui l’être humain est et reste au plus profond de soi un mystère, un bloc de pulsions inconvenantes et inamovibles. A prendre ou à laisser.

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Au gré de ses soixante-dix longs-métrages, Chabrol aura couvert toute la gamme des valeurs : il y a dans sa filmographie des très mauvais films, des petits films, des bons films, et des très grands films. Parmi la quinzaine films de lui que j’ai vus (surtout dans les plus récents), entrent dans cette dernière catégorie Les bonnes femmesLe boucher, La cérémonie et L’ivresse du pouvoir. Les deux derniers sont interprétés par Isabelle Huppert, qui fut véritablement la muse du réalisateur dans sa fin de carrière puisqu’elle est de tous ses films notables de cette période – aux deux déjà cités, il faut rajouter le délicieusement pervers Merci pour le chocolat. C’était en quelque sorte un juste retour des choses, Chabrol ayant été le découvreur de Huppert avec Violette Nozière.

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A venir sous peu sur le blog : des critiques du Boucher et de Que la bête meure.

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