Complications with optimistic outcome

Publié le par Erwan Desbois

Voilà l’un des titres des 19 compositions qui forment la musique originale de The social network, musique signée Trent Reznor et Atticus Ross. Contrairement à l’usage en vigueur dans les B.O., ce titre et les autres n’ont aucun lien avec un quelconque élément du film [ne cherchez donc pas ce qui peut bien s’y passer à 3:14 every night], soulignant ainsi l’indépendance des deux compositeurs, collaborateurs à part entière du projet et non simples sous-fifres. En toute logique, le travail de Reznor et Ross est également une œuvre à part entière, non asservie de manière exclusive au long-métrage. Tout récemment, un autre exemple de contribution libre ayant illuminé un film est celui de James Murphy pour Greenberg ; mais l’utilisation faite par les réalisateurs de ce dernier et de The social network de la musique qui leur a été confiée fait que la comparaison tourne court.

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Noah Baumbach met les morceaux et les chansons de Murphy au centre de son film, en les traitant comme un moyen complémentaire et plus subtil de diffuser les émotions de son personnage principal. David Fincher, lui, est aux commandes d’un long-métrage qui ne comporte aucune intimité, aucun spleen ; The social network n’est que pure vitesse, vitesse imposée au monde réel par l’univers immatériel des logiciels et des blogs, vitesse de conception, de compilation, d’exécution. Tous les éléments constitutifs du film sont sélectionnés et agencés pour nourrir ce rythme échevelé, quasi inhumain. La musique est donc là le plus souvent, mais presque jamais au premier plan – un peu au début pour initier la machine (le menaçant Hand covers bruise sur le générique, l’excitant In motion sur le montage alterné entre la soirée du final club et la création de Facemash), un peu à la fin quand le sprint s’achève (la reprise de Hand covers bruise au moment des trahisons terminales). Dans l’intervalle, le flot de données téléchargé en continu par le film – dialogues, actions, informations, personnages, flashbacks… – est si soutenu que les sons de Reznor et Ross sont réduits au rang d’infrasons : ils nous impactent mais de manière imperceptible, noyée au milieu du reste.

 

Les écouter seuls, sur CD ou en MP3 (l’album complet est disponible pour 5$ sur le site de Trent Reznor), permet dès lors de les redécouvrir dans une perspective totalement différente. Les 67 minutes de musique écrites et interprétées pour le film forment un album au sens le plus valorisant du terme, car cet album est remarquablement cohérent et intense. Les morceaux s’enchaînent naturellement, tout en ayant chacun leur identité manifeste – il n’y a à aucun moment cette sensation de redite que produisent la majorité des bandes-originales de films. Cette bande-originale là est complexe, puissante, une merveille d’instrumentation qui de par son mélange de multiples styles, de l’électro plus ou moins rythmée à des choses plus classiques dans le cinéma (piano, cordes, cuivres), provoque à elle seule, à son échelle, les mêmes sentiments composites que le film dans son ensemble : anxiété et euphorie, fascination et frayeur.

Publié dans david fincher

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