Cowboys et envahisseurs, de Jon Favreau (USA, 2011)

Publié le par Erwan Desbois

cowboys-2Où ?

Au MK2 Quai de Loire, dans la grande salle très clairsemée

Quand ?

Jeudi soir, à 20h

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Dernier gros morceau de la saison des blockbusters hollywoodiens (qui a démarré il y a quatre mois, tout de même), Cowboys et envahisseurs est à oublier au plus vite. Cela tombe bien, il est tellement désespérant et insipide qu’il génère son propre oubli au fur et à mesure qu’il progresse. Il n’y a donc aucun effort à produire, si ce n’est celui de me dépêcher d’écrire cet article avant que tout souvenir du film ait disparu de ma mémoire.

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Comme son titre anglais l’indique encore plus clairement, Cowboys et envahisseursintroduit des aliens – lesquels auront été partout cet été, lorsqu’il n’y avait pas de mutants impliqués – dans l’univers du western. On se dit que le film, pour tenir son rang de divertissement plaisant, n’a alors plus qu’à décliner en situations concrètes ce programme de base improbable mais à l’attrait certain. Cet ordre de mission était visiblement encore trop compliqué pour les cerveaux du projet, à voir à quel point ceux-ci passent à côté de leur sujet, faisant de Cowboys et envahisseurs le blockbuster le plus frustrant depuis 2012. Comme ce dernier, il nous a vendu en amont de sa sortie (dans son pitch, son affiche, sa bande-annonce) des promesses sans suite : la séquence de dévastation de la ville par les vaisseaux extraterrestres servant de fer de lance au trailer est en réalité l’unique scène d’action digne de ce nom. Après cela, comptez deux escarmouches bâclées ne servant qu’à nous révéler à quoi ressemblent les sales bêtes venues de l’espace, et un affrontement final incapable d’apporter une solution satisfaisante au casse-tête de base du récit – que les aliens sont surpuissants par rapport aux humains, et donc théoriquement invincibles. A chaque fois que le rapport de force s’inverse, cela sort de nulle part. Sinon, l’essentiel du temps, il ne se passe... rien. Le film est incroyablement bavard, et réussit cependant l’exploit de ne développer ni ses personnages (plus transparents, on ne les verrait même plus ; dommage pour Daniel Craig et Harrison Ford, à la bonne volonté évidente), ni le suspense de son histoire, ni son hybridation entre les genres. C’est ce dernier point qui abasourdit le plus : Cowboys et envahisseurs ne prend aucune initiative, ne fait bouger aucune ligne. Le western y est traité selon les codes du western, la S-F selon ceux de la S-F ; chacun chez soi. Coincé plutôt que décomplexé, sérieux plutôt que ludique, le film démontre une conviction invraisemblable à faire nier à ses héros le caractère extraordinaire de la situation dans laquelle ils se trouvent.

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Le scénario est à blâmer pour son apathie, et la mise en scène encore plus pour son indigence. Jon Favreau, surestimé depuis qu’il est parvenu à s’approprier une partie du mérite du succès des Iron Man  qui revient en fait entièrement à Robert Downey Jr., fait l’étalage de son manque total de savoir-faire, sans même parler de talent. Il est non seulement incapable de faire plusieurs choses à la fois – quand les personnages se retrouvent séparés, il ne suit qu’un groupe et abandonne l’autre jusqu’à nous faire presque oublier son existence – mais en plus le peu qu’il fait il le fait mal. Il ne crée aucun élan dans la conduite d’ensemble du récit, enchaînant des séquences complètement étrangères les unes aux autres et chacune aussi immobile qu’un paralytique. Du coup, quand arrive le final on a le sentiment que rien d’important n’a eu lieu durant les deux heures écoulées. Cruel, mais logique à force de ne rien bâtir, et quand l’engourdissement général s’étend jusqu’aux scènes d’action, privées de tout rythme, laborieuses. Au moins, quand il fait joujou avec ses  Transformers Michael Bay a le bon goût de le faire avec suffisamment d’entrain pour que l’agitation produite serve d’écran de fumée à l’insanité du fond… Le film de Favreau, lui, n’exprime rien, à quelque niveau que ce soit. Il est même vierge de toute référence, et cela ne vient pas du fait qu’il invente sa propre mythologie mais qu’il est ignorant de celles qui existent, dans le western comme dans la S-F. Tout cela mis bout à bout fait que la seule chose que l’on retire de Cowboys et envahisseurs est un ennui mortel. Ce qui est bien le pire qui puisse arriver à un blockbuster.

Publié dans navets et déceptions

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