D’amour et d’eau fraîche, de Isabelle Czajka (France, 2010)

Publié le par Erwan Desbois

fraiche-3Où ?

Au ciné-cité les Halles

Quand ?

Samedi, à 13h

Avec qui ?

MaFemme

Et alors ?

 

D’amour et d’eau fraîche est un proche cousin de Plein sud, autre film français sur une fugue adolescente découvert en début d’année. Les deux sont des héritiers du Olivier Assayas première période, celle de Désordre et L’eau froide  : figures de jeunes en rupture irrémédiable avec la société établie et son ordre, bande-son rock, incorporation au récit d’un pistolet comme catalyseur dramatique. Les chemins de ces œuvres se séparent lorsqu’il s’agit d’explorer la source des révoltes de chacun. Celles des héros de Assayas étaient pures, inhérentes à leur âge ; pour Sam dans Plein sud, elle était le fruit de maux familiaux. Isabelle Czajka, la réalisatrice et scénariste de D’amour et d’eau fraîche, désindividualise le conflit en puisant dans le monde du travail tel qu’il est structuré aujourd’hui les causes de la rébellion de son héroïne, Julie (interprétée par Anaïs Demoustier, découverte chez Christophe Honoré et ici admirable en premier rôle).

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La cristallisation de ce divorce entre Julie et la société est la meilleure partie du film. Les choses étant bien faites, c’est aussi la plus longue tandis que l’échappée criminelle finale est restreinte à une tournure très concise (et du coup moins convaincante ; ce qui provoque un dénouement un peu abrupt, qui nous laisse sur notre faim). Czajka épate par la qualité de son écriture du caractère de chacun, dans lequel transparaît son rapport personnel au monde du travail de manière bien plus fluide et appréciable qu’au moyen d’un plat monologue. Sur cette base, Czajka peut développer un véritable art du dialogue, où se confrontent positions et ambitions des interlocuteurs. Deux séquences marquent ainsi les esprits, et ce même bien après la projection. L’ouverture du film sur l’expérience avortée de Julie comme assistante dans une agence de pub est un génial exercice d’humour ironique. Car par « assistante », il faut bien sûr comprendre « boniche à tout faire, tout le temps » et la cruauté de ce genre de rapport professionnel est vue sous l’angle grotesque plutôt que tragique. Ce détachement critique reste de mise dans d’autres situations – tel cet autre emploi de Julie, en vendeuse au porte à porte – mais se craquelle dans un cadre familial, lorsque Julie confronte au cours d’un repas de famille son dégoût et sa distanciation avec le modèle d’acceptation et de réussite prôné et appliqué par son frère. Les changements de ton et de rapport de force qui se produisent en sous-main au cours de leur joute verbale font de celle-ci le climax du film. Qu’après cela la suite dérive en pente douce jusqu’à la conclusion est accessoire.

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