De vrais mensonges, de Pierre Salvadori (France, 2010)

Publié le par Erwan Desbois

mensonges-1Où ?

Au ciné-cité les Halles, dans une des trois grandes salles (bien vide)

Quand ?

Jeudi soir, à 22h30

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Le sillon que trace assez discrètement Pierre Salvadori au sein de la comédie française, avec des hauts (Les apprentis) et des bas (Hors de prix, pas mauvais mais inabouti), est à part. Cela ne saute pas aux yeux si l’on s’en tient à une étude de la forme de ses films, aussi horriblement télévisuelle que celle du plus grand nombre : image plate, caméra assoupie, musique horripilante. Mais c’est un fait que les bons réalisateurs comiques ne sont pas forcément de bons réalisateurs tout court, et Judd Apatow en est un très bon exemple actuel de l’autre côté de l’Atlantique. Le domaine, plus essentiel, dans lequel Salvadori se distingue est l’écriture. Ses scénarios ont, comme toute comédie, un point de départ net ; mais ils sont également dotés d’un développement soigné à tous points de vue et d’une conclusion subtile, qui voit au-delà de la simple pirouette humoristique de dernière minute.

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Cela traduit un intérêt pour les personnages plus que pour les gags, et ce faisant le souci de la qualité de l’histoire plutôt que de la fréquence et l’intensité des rires. Salvadori se place dans la lignée des comédies de cinéma, qui remonte jusqu’à Lubitsch, et laisse à d’autres le terrain sans passé ni avenir des produits formatés pour et par la télévision. [D’ailleurs, quand il engage une star du petit écran – Dany Boon dans Après vous…, Gad Elmaleh dans Hors de prix – c’est pour lui faire jouer un personnage et non son personnage.] Dans De vrais mensonges, les trois interprètes principaux viennent du monde du cinéma : Audrey Tautou, Nathalie Baye et Sami Bouajila. Leurs personnages, Émilie, Maddy et Jean, sont engagés dans un trio amoureux joyeusement tordu enclenché par un quiproquo de premier choix. Jean, épris d’Émilie, lui envoie une lettre anonyme dans laquelle il lui déclare sa flamme. Cela ne déclenche rien chez Émilie si ce n’est l’idée de la transférer à sa mère, Maddy, pour sortir cette dernière de sa déprime sentimentale du moment. La combine fonctionne, trop bien même puisque Maddy se met à pester contre l’absence de nouvelles lettres. Émilie se retrouve donc à écrire, à l’attention de sa mère, de fausses mais ardentes missives amoureuses, selon la mécanique comique qui alimente l’ensemble du scénario : un quiproquo, qui mène à une initiative manipulatrice d’un personnage, qui mène à un nouveau quiproquo, etc.

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Salvadori et son coscénariste Benoît Graffin font preuve d’une savoureuse inventivité dans ce mode de fonctionnement, où l’on retrouve la volonté d’équilibre entre les personnages et les gags. Il les amène sans accroc jusqu’au dénouement – d’une belle (im)pertinence puisqu’il correspond non pas à un retour à la normalité et à l’honnêteté, mais à un stratagème suffisamment habile pour ne créer aucun effet secondaire non désiré. En chemin, l’écriture de De vrais mensonges brille aussi de plusieurs autres manières. Les scènes d’introduction des trois protagonistes sont toutes des modèles de concision et d’efficience. Leurs permutations incessantes de rôles (entre le manipulateur, le manipulé et la cible de chaque duperie) sont très bien négociées, s’accompagnant en prime de révélations ou d’altérations légères du caractère de chacun. Quant aux personnages de soutien, au rôle exclusivement comique, ils remplissent sans mal cette fonction grâce à la qualité des blagues que les auteurs leur fournissent. Le salon de coiffure que possède Émilie et où travaille Jean est ainsi un modèle d’arrière-plan comique cultivé sans fausse note.

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De vrais mensonges ne prend cependant pas tout à fait la relève du Nom des gens pour affirmer une embellie durable dans le paysage comique français. Pour cela, il aurait fallu qu’il laisse éclater plus franchement le grain de folie qui vivote en lui. Le script retombe toujours sur ses pattes, étant un peu trop obnubilé par sa quête de l’équilibre et se refusant à trop nettement disjoncter, même l’espace d’un instant. Nathalie Baye, en état de grâce comique (elle est véritablement irrésistible à chacune de ses apparitions), tente bien de l’emmener dans cette voie mais elle manque de soutien, Sami Bouajila étant trop en retenue et Audrey Tautou trop dans l’excès inverse. Il est amusant de remarquer que tous deux sont en définitive au diapason de leurs rôles, qui ne parviennent à se hisser au même degré de folie douce et d’insouciance que Maddy qu’en forçant sur l’alcool. Casting parfait donc, bien qu’un peu contre-productif d’un point de vue comique.

Publié dans cinema francais

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