Faites le mur ! (Exit through the gift shop), de Banksy (Angleterre, 2010)

Publié le par Erwan Desbois

banksy-3Où ?

Au cinéma la Bastille

Quand ?

Mercredi soir, à 22h30

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Le genre du « mockumentary », qui consiste à écrire et réaliser un documentaire sciemment bidonné à l’insu du public, compte parmi ce que le cinéma a de plus excitant à offrir. Les exemples les plus célèbres sont Spinal tap de Rob Reiner, sur un groupe de rock fictif, et Forgotten silver où Peter Jackson part sur les traces d’un réalisateur néo-zélandais tombé dans l’oubli alors qu’il aurait, seul dans son coin, tout inventé au cinéma avant tout le monde au début du 20è siècle. Bien que la campagne promotionnelle du film en France ait semblé vouloir totalement occulter cet aspect, Faites le mur ! a tout du « mockumentary » brillant. A ce jour aucune annonce n’est venue confirmer ou infirmer cette supposition, ce qui rend évidemment l’œuvre encore plus intéressante.

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Ma conviction personnelle est donc qu’avec Faites le mur !, le street artist anglais Banksy (dont une sélection d'œuvres est visible ici) nous mène en bateau de A à Z. Difficile en effet de ne pas questionner la réalité du personnage central, un certain Thierry Guetta, tant il est en permanence idéalement en phase avec le contenu et les objectifs du film – attisant d’autant les soupçons d’avoir été conçu par celui-ci et non l’inverse. Thierry est truculent avec son accent français à couper au couteau et ses innombrables fautes de syntaxe et de grammaire (que les sous-titres ne font malheureusement transparaître qu’à une seule reprise). Thierry a en sa possession des milliers d’heures de vidéos d’actions clandestines de street artists agissant à Los Angeles, Londres, Paris et autres, alimentant ainsi fort opportunément l’ambition de la première partie du film de présenter cette pratique artistique qui s’est déployée à partir du graffiti vers des champs plus protestataires et politiques. Une vague explication psychologique, liée à un traumatisme remontant à l’enfance, est expédiée en quelques minutes pour justifier cette caractéristique de Thierry de filmer tout et tout le temps – de n’être, en définitive, qu’une caméra. Par contre, absolument rien ne vient expliquer les plans où Thierry est soudain devant la caméra (qui filme alors ?)... Et dans le dernier acte, c’est l’origine des moyens financiers considérables mis en œuvre pour l’exposition de Thierry, devenu à son tour street artist, qui reste bien vague et peu convaincante.

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Le message et la valeur de Faites le mur ! ne varient pas du tout au tout selon que l’on ait affaire à du vécu ou à du chiqué. Simplement, dans le deuxième cas ils résonnent encore plus fort. Car même si Thierry est faux, le monde autour de lui est aussi vrai que possible, dans un dispositif qui serait alors un Truman show inversé. Quelle que soit leur origine, les images et interviews qui constituent la première partie du film sont en elles-mêmes authentiques, et le portrait qu’elles composent du milieu alternatif du street art et de ses visées subversives est des plus alertes et instructifs. De la même manière, qu’elle soit ou non un gigantesque coup monté ne change en rien le résultat de l’exposition du faux prodige et vrai incapable Mr. Brainwash (nom d’artiste choisi par Thierry Guetta) : il a vendu ses œuvres sans imagination, sans âme et fabriquées par d’autres pour des sommes extravagantes, simplement parce qu’il s’est greffé au bon mouvement au bon moment, avec le bon buzz. La démonstration acerbe de l’inanité de la mercantilisation de l’art (phénomène auquel le titre original du film fait explicitement référence) fait mouche dans les deux hypothèses. La seule différence est que dans un cas Mr. Brainwash a également roulé Banksy, alors que dans l’autre il en est l’alter-ego démoniaque, le pantin catapulté dans l’espace public - l'étape suivante après les peintures au pochoir placardées sur la voie publique. Vous savez pour quelle théorie je penche.

Publié dans documentaires

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