Kaboom, de Gregg Araki (USA, 2010)

Publié le par Erwan Desbois

kaboom-2Où ?

Au ciné-cité les Halles, dans une des trois grandes salles (et pleine !)

Quand ?

Samedi soir, à 19h

Avec qui ?

MaFemme

Et alors ?

 

Nanti du meilleur titre de film de l’année, Kaboom se montre-t-il à la hauteur de cet honneur ? Pas tout à fait. Sa première heure, jouissive au sens propre du terme, en prend pourtant le chemin. Gregg Araki, 50 ans mais ayant préservé un lien authentique avec l’âge adolescent auquel il a consacré tous ses films depuis ses débuts, se montre fidèle à l’esprit de ses personnages : le sexe est leur principal passe-temps et centre d’intérêt, c’est donc également le rôle qu’il tient dans le film. Il y a bien une intrigue qui pointe son nez ici et là, avec ses mystères et ses conflits éventuels, mais Smith, Stella, London et les autres étudiants qu’Araki suit dans le campus sont trop occupés à baiser pour y accorder une part substantielle de leur temps et de leur attention. La subversion réalisée est moins forte que la subversion proclamée (les deux personnages principaux sont censés avoir des tendances plus homo qu’hétéro, et cependant la quasi-totalité des ébats apparaissant à l’écran entrent dans la seconde catégorie), mais Kaboom se hisse parmi ce qui se fait de mieux comme film à caractère sexuel ludique, décomplexé et ouvert à tous.

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On y montre peu (pas question de faire un porno) mais on en discute beaucoup, avec une liberté et un esprit ravageurs. De leçons détaillées de cunnilingus à l’usage des nuls en positionnements sur l’échelle de Kinsey, et de baises « par transitivité » (« si A baise B et B baise C, c’est un peu comme si A avait baisé avec C ») en éclairages sur le plaisir pris à donner du plaisir, Kaboom est une apologie copieuse et effervescente du sexe et de sa finalité orgasmique immédiate. Le tout présenté avec les formes : un humour déchaîné qui transforme une réplique sur deux en blague géniale, et une mise en scène dont la neutralité de façade est en réalité le support idéal pour les délires visuels explosifs qui accompagnent la plupart des prises de drogues et des montées vers l’orgasme.

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Puis soudainement, le film que l’on a devant les yeux n’est plus une étoile à neutrons qui dépense l’intégralité de son immense énergie à tourner sur elle-même et à irradier de toutes parts ; il mute en une comète fonçant droit vers sa désintégration. L’intrigue parano-apocalyptico-fantastique s’impose aux personnages. S’y entrechoquent pêle-mêle des pouvoirs psychiques, une société secrète, des armes nucléaires, et Araki a beau la dérouler plus vite qu’on ne le croirait humainement possible, il ne parvient pas à balayer complètement notre scepticisme face à la tournure des événements. La farce est distrayante mais elle mène de toute évidence nulle part, dilapidant en chemin une bonne part de l’esprit de la première partie. Dans celle-ci, Araki mimait Lynch avec bonheur, dans sa peinture d’un monde dont la banalité apparente dissimule quantité d’éléments morbides (le gâteau rempli de vers et celui qui vu de dessus ressemble à des entrailles, déclinaisons de l’oreille tranchée trouvée dans l’herbe dans Blue velvet) ou inquiétants (les tueurs aux masques d’animaux). Il est autrement moins à l’aise pour accomplir le tour de passe-passe transformant un projet de série télé refusé en brillant long-métrage de cinéma. Kaboom partage en effet cette genèse chaotique avec Mulholland drive ; mais lui reste à l’état d’épisode pilote prometteur et inachevé, quand le film de Lynch parvenait à se sublimer en un objet hétéroclite et fascinant.

Publié dans ciné indie

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