L’histoire d’Adèle H., de François Truffaut (France, 1975)... et ensuite, les vacances !

Publié le par Erwan Desbois

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Où ?

À la maison, enregistré sur Arte

Quand ?

Samedi soir

Avec qui ?

MaFemme

Et alors ?

 

Difficile d’imaginer une passion amoureuse réellement vécue qui soit plus en harmonie avec les affinités thématiques de François Truffaut que celle d’Adèle Hugo (la fille de). Romantisme d’une adoration dévorante et à sens unique, exotisme du voyage vers d’autres contrées – et même d’un autre continent ici –, reconstitution teintée de nostalgie d’une époque révolue ; on est en territoire tangent à des scénarios de fiction tels que ceux des Deux anglaises et le continent ou du Dernier métro. L’exaltation de Truffaut au moment de découvrir cette histoire a dû être immense, mais celle du spectateur pâtit d’une telle harmonie de vues. Le sujet est presque trop parfait pour le cinéaste, ton sur ton, et il manque l’effet de surprise ou de renouvellement. On traque dès lors un peu malgré soi ces anfractuosités, ces décalages évitant l'engourdissement de Truffaut dans son univers idéal, en compagnie d’héroïnes à la Jane Austen aux destins tragiques. Dans L’histoire d’Adèle H. c’est le rapport torturé à la sœur aînée morte (Léopoldine) qui joue ce rôle, et offre une ouverture vers des tons plus gothiques, morbides que Truffaut sait magnifier sous une forme cinématographique. Les cauchemars récurrents dans lesquels Adèle s’imagine être sa sœur sont traités au moyen d’une surimpression aussi « primitive » que poétique, procédé dont la répétition à l’identique devient progressivement hypnotique. Plus loin, les derniers stades de la folie amoureuse de l’héroïne s’inscrivent physiquement sur elle et font perdre leur humanité à ses traits et à son allure.

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En ce qui concerne son cœur – le récit de la passion d’Adèle pour un lieutenant anglais qui ne lui porte aucun intérêt, et de ses multiples actes désespérés en vue soit de le récupérer, soit de défaire ses autres engagements sentimentaux –, le film est solide et exécuté avec le talent que l’on connait à Truffaut. On aurait apprécié qu’il pousse plus avant le thème de la littérature, du transfert entre le vécu et l’écrit ; Adèle noircit des pages et des pages de ses stratagèmes, de ses aspirations, de ses mensonges et de ses craintes. Elle met une telle énergie à écrire son histoire, qu’il aurait été intéressant de voir si cela ne finit pas par prendre le pas sur l’action de vivre cette même histoire. On se console de cette piste inaboutie avec l’interprétation renversante d’Isabelle Adjani. Elle qui n’avait alors débuté dans le cinéma que l’année précédente (dans La gifle) porte L’histoire d’Adèle H. sur ses épaules, les autres personnages étant violemment rejetés par l’héroïne dans son ombre. Les lignes si pures de son visage et l’intensité de son regard font ressentir toute la détermination de son amour, ainsi que la violence des émotions qui l’ébranlent intérieurement. Elle est de chaque plan ou presque, et elle y insuffle de quoi nous captiver sans relâche, à hauteur de sa propre implication.

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