Le film dont vous êtes le méchant : Halloween, de John Carpenter (USA, 1978)

Publié le par Erwan Desbois

halloween-1Où ?

A la maison, en DVD zone 2

Quand ?

Dimanche soir

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Parmi les nombreux slashers de l’âge d’or des années 70, Halloween n’est pas le plus marquant scénaristiquement (il se contente d’une efficacité correcte), ou thématiquement – il ne dit ni ne sous-entend rien sur la société et l’état d’esprit de son époque. La chose qui rend Halloween spécial est sa mise en scène, qui superpose le plus possible le point de vue du tueur, Michael Myers, et celui du film. Par ricochet nous, spectateurs nous retrouvons à faire corps avec Michael, à expérimenter l’histoire depuis sa place. C’est flagrant dans le monstrueux pré-générique, qui nous conduit en plan-séquence et surtout en vue subjective à travers les différentes pièces d’une maison, jusqu’à une chambre où « nous » tuons à coups de couteau une jeune femme nue qui vient tout juste de faire l’amour. La fin de la séquence révèle que le véritable meurtrier est un garçon de six ans, le petit frère de la victime.

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Quinze ans plus tard, Michael s’évade de l’hôpital psychiatrique où il était interné et retourne dans sa ville natale pour y commettre un nouveau carnage. Carpenter ne nous impose plus de manière exclusive son regard, mais il ne rabaisse pas Michael au même statut que les autres personnages, contrôlés et manipulés par le scénario. Michael reste spécial, supérieur. Il apparaît et disparaît presque magiquement (un motif repris jusqu’à l’écœurement par les successeurs de Halloween, et rarement avec le même bien-fondé) ; a une connexion particulière avec la musique – l’une des plus puissantes à avoir jamais habité un film d’horreur, soit dit en passant –, qui se met en branle et s’interrompt au rythme de ses apparitions, comme si elle était enchaînée à lui. Michael est également l’élément déclencheur de l’introduction des victimes à venir (il est là pour les observer, et donc nous les découvrons grâce à lui), alors que lui-même n’est révélé que progressivement, et partiellement. Comme s’il ne faisait pas tout à fait partie intégrante du cadre, qu’il parvenait à se préserver une marge de manœuvre et à rester insaisissable. Ce qui est le cas tant que la caméra se montre incapable de le saisir autrement que de loin, fugacement, ou par fragments – longtemps sa tête semble hors d’atteinte. La phase de mise en place, ce préambule du massacre à venir si souvent quelconque dans les slashers, trouve dans cette personnification et cette tension latente qui l’accompagne une intensité manifeste.

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Puis, Michael se décide à passer à l’acte, à entrer pleinement dans le film. Sa vulnérabilité augmente, les autres personnages peuvent le voir, le toucher, et même tenter de se défendre. C’est à ce moment-là que le film rentre dans le rang, en prenant la direction d’un affrontement plus convenu. La forme cinématographique de Michael Myers reste quoiqu’il en soit un atout unique pour lui, dont toutes les orientations du script résultent. La mise à nu de son visage, jusque là camouflé par son légendaire masque de latex blanc, est le geste qui le rend finalement atteignable et blessable. Mais pas mortel pour autant : sa volatilisation finale, traitée avec une concision superbe, est là pour nous rappeler cette angoissante vérité. Michael Myers s’est à nouveau réfugié dans l’espace immatériel qui se situe entre le film et le public ; sa respiration lourde et accablante qui emplit les derniers plans de Halloween trahit sa présence. Mais elle n’entame en rien son invulnérabilité redevenue totale.

Publié dans slashers !!

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la-cinephile-masquee 03/12/2010 19:00


super, le titre de l'article! (...et l'article)