Le moine, de Dominik Moll (France, 2011)

Publié le par Erwan Desbois

moine-1Où ?

À l'UGC Danton

Quand ?

Samedi, à 13h

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Pour Le moine, Dominik Moll a tout changé par rapport à ses deux précédents long-métrages qui lui avaient apporté la reconnaissance critique et publique, Harry, un ami qui vous veut du bien et, dans une moindre mesure, Lemming. Changement d’époque, passée plutôt que contemporaine. Changement de coscénariste, Anne-Louise Trividic remplaçant Gilles Marchand. Et changement de comédien principal, Laurent Lucas laissant la place à Vincent Cassel. Ce dernier remplacement est certainement celui où l’échec du Moine est le plus voyant. Car Cassel a beau faire de son mieux, mettre son talent et sa sincérité dans la balance, il ne peut complètement s'effacer lui-même, et se départir de son aura sexuelle, de la lueur d'assurance qui brille au fond de ses yeux, de la manière dont il s'impose naturellement sur un écran de cinéma. Il ne peut dès lors être pleinement convaincant dans le rôle-titre de Frère Ambrosio, qui était en définitive taillé sur mesure pour Laurent Lucas tant il ressemble aux héros brisés de Harry, un ami qui vous veut du bien et Lemming.

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Ambrosio est un homme d'apparence solide, qui a atteint par son travail, son sérieux, sa droiture un statut estimable – responsable du couvent au sein duquel il a passé toute sa vie, prédicateur admiré pour sa pureté et craint par tous. Mais, comme celles de tous les hommes dans la vision que Moll a du monde, les fondations de sa prospérité sont terriblement friables ; ce n'est qu'une question de temps avant qu'elles s'effondrent, au premier événement contraire venu. Mais raconter une histoire de déchéance qu'il maîtrise et qui lui tient à cœur ne rend pas le réalisateur plus à l'aise, ni plus convaincant que son interprète principal dans un environnement qui n'est pas le sien. Malgré des efforts bien visibles, du début à la fin du film Moll ne parvient pas à trouver la bonne distance vis-à-vis de son sujet. Le moine cumule au contraire les énergies conflictuelles, et s'effondre peu à peu sous leur poids. La rigueur monacale et édifiante du récit tiré du roman de Matthew G. Lewis, où le désir sexuel mène au viol puis au meurtre, est pleinement assumée par le cinéaste ; par contre la structure dramatique alambiquée dont il a besoin pour le mener à bien l'est moins, d'où une réduction visiblement drastique de la chair des différentes intrigues parallèles, qui ont dès lors encore plus de mal à convaincre. Dans le même esprit, Le moine a de toute évidence été habité à un moment du projet par l'ambition d'une portée plus vaste, menant à des seconds rôles ayant une vie propre en dehors des moments où leur route croise celle d'Ambrosio ; et pourtant tous sans exception finissent abandonnés en rase campagne par le scénario, sans un dernier regard ni une conclusion satisfaisante.

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L'indécision la plus frustrante concerne la part du fantastique dans le récit. Moll souhaite de toute évidence donner une grande place aux forces occultes et aux phénomènes inexplicables, comme dans les plus beaux films d'épouvante gothique. Les moments les plus forts du Moine résident d'ailleurs dans ses ambiances nocturnes à la lisière du rêve et de la réalité, jouant habilement des ombres et des contrastes pour faire douter le spectateur en même temps que les personnages. Mais Moll saborde l'un après l'autre, et presque consciencieusement, tous les éléments surnaturels de son histoire en les démystifiant en guise d'introduction. Il nous lit la notice du tour de magie, puis le réalise. Le moine reste dès lors décourageant de sobriété à chaque fois qu'il devrait nous faire perdre nos repères à force d'ivresse irrépressible.

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