Le ruban blanc, de Michael Haneke (Allemagne, 2009)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?

Au MK2 Beaubourg

 

Quand ?

Mercredi soir

 

Avec qui ?

Mon amie cinéphile

 

Et alors ?

 

Je vais faire court, car ce long-métrage ne mérite de toute façon pas que l’on s’y attarde. Film après film, deux choses se confirment à propos du palmarès cannois 2009 du jury présidé par Isabelle Huppert : c’est l’un des plus faibles depuis bien longtemps (au moins 1999), et cette déficience s’accompagne d’une ligne directrice limpide. Après Un prophète qui nous apprenait que la prison, c’est dur, et Fish tank qui découvrait les yeux écarquillés que la vie dans une cité HLM miteuse, c’est pas la joie, voici donc Le ruban blanc qui assène à son tour avec le plus grand sérieux une vérité renversante : une pratique rigoriste de la religion et des antiques rapports de classe (les paysans obéissent servilement au baron, les fidèles au pasteur, les femmes et les enfants aux hommes, ce genre de chose), ça peut générer comme retour de flamme un ressentiment radical et une violence déchaînée de la part des victimes. Jacques Audiard et Andrea Arnold enfonçaient des portes ouvertes, mais c’est carrément un cadre de porte de hangar (sans porte installée) que Michael Haneke explose là. Pas étonnant qu’il ait devancé tous les autres pour obtenir la récompense suprême du Festival de Cannes.

Haneke ne dit rien que l’on ne sache déjà (il a beau agiter le chiffon rouge des Guerres Mondiales et du nazisme en situant son histoire dans l’Allemagne de 1913, la révolution française de 1789 trouvait déjà sa source dans les mêmes excès…), c’est un fait. Mais ce n’est pas tout : son propos d’une vacuité sidérante est exposé sous une forme excessivement vaniteuse et clinquante. Génériques de début et de fin se déroulant dans le silence le plus complet, noir et blanc facile (en particulier la volonté de tourner en éclairages réalistes, qui a pour principal effet de plonger la moitié des scènes dans une obscurité superflue), rythme apathique, dialogues qui tournent en bavardages interminables et répétitifs… Le cinéaste entend dénoncer les abus du fanatisme religieux en nous imposant son propre sermon monomaniaque et fastidieux. La cerise sur cet indigeste gâteau étant l’obsession de son auteur à tout régler par le hors-champ et l’incertitude. On ne voit rien ou presque des méfaits qui troublent le village, et les explications sur leur déroulement et leurs conséquences restent sommaires – voire franchement bâclées, en ce qui concerne l’épilogue en voix-off. Malheureusement, lorsqu’il est à ce point dépossédé de tout élément tangible sur lequel s’appuyer, le procédé de suggestion s’effondre sur lui-même et ne brasse plus que du vide.

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