Machete, de Robert Rodriguez (USA, 2010)

Publié le par Erwan Desbois

machete-2Où ?

Au ciné-cité les Halles

Quand ?

Fin décembre

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Le projet commun Grindhouse avait servi de révélateur brutal du gouffre qui sépare ses deux réalisateurs Quentin Tarantino et Robert Rodriguez. Le Boulevard de la mort du premier était aussi singulier et talentueux que le Planète terreur du second s’avérait trivial et galvaudé. La suite de la carrière de chacun agrandit encore ce gouffre : d’un côté, un chef-d’œuvre sans égal ( Inglourious Basterds), de l’autre un film au concept bancal et bien peu imaginatif. Machete est la concrétisation en long-métrage d’une des fausses bandes-annonces de série Z inclues dans Grindhouse. Bande-annonce assurément hilarante (à voir ici), précisément parce que son format court se prête idéalement à la parodie de nanar. Le même exercice tenté sur 1h45 est par contre antiproductif : une caricature de navet n’aboutit le plus souvent qu’à un nouveau navet, en beaucoup moins drôle puisque dépourvu du charme involontaire et naïf des croûtes commises au premier degré.

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Les exceptions à cette règle sont rarissimes (le premier OSS 117, Le Caire nid d’espions), pas forcément reproductibles (le second OSS 117, Rio ne répond plus , se plante en beauté), et nécessitent un talent et une minutie que Rodriguez n’a pas en stock. Machete est une application bête et méchante de la « formule Rodriguez » telle que je l’avais formulée dans ma critique de Planète terreur : « un éternel remake de son coup d’éclat fauché initial, El Mariachi, avec un traitement de plus en plus gore et qui profite des avancées de la technologie, une obstination à filmer encore et encore la même chose – des gentils avec des fusils et des méchants avec des fusils se tirent dessus aux alentours de la frontière entre le Texas et le Mexique ». Rodriguez l’a selon toute vraisemblance écrit en une heure, tourné en une semaine et monté en une journée, sans prendre un moment à l’une ou l’autre de ces étapes pour avoir ne serait-ce qu’une idée originale de cinéma. Bien au contraire, il passe l’essentiel de son temps à pomper un de ses propres scénarios, celui du fameux diptyque El Mariachi / Desperado, pour des plans (l’embuscade de sbires des méchants vus en ombres chinoises autour de la chambre où le héros est allongé dans les bras d’une fille) ou des situations (le duel final qui oppose deux hommes anciennement très proches)…

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Les premiers à souffrir de cette indolence sont les acteurs. Les rôles proposés aux stars has been enrôlées pour l’occasion ne font que rappeler douloureusement pourquoi elles sont tombées si bas : Steven Seagal est gros, Don Johnson est ringard, Lindsay Lohan est à poil [d’une manière générale tous les personnages féminins du film sont de simples objets sexuels, à croire que Rodriguez n’a couché avec personne depuis plusieurs années]. Les autres ne sont pas bien mieux servis, Danny Trejo en tête dont le Machete existe à peine, ni charismatique (il aurait fallu pour cela des séquences d’action mises en scène et non émiettées à la chaîne) ni parodique – les gags sont indigents, Rodriguez semblant considérer que son idée de héros se suffit à elle-même pour faire rire. Les seuls à surnager dans cet ensemble bordélique, qui brasse autant de vent qu’il peut pour (tenter de) faire oublier sa vacuité feignante, sont Robert De Niro et Jeff Fahey (mais si, c’est Lapidus dans Lost). Parce qu’ils sont bons, et car ils sont portés par le seul aspect à peu près valable de Machete : sa satire acide du discours de l’extrême-droite américaine sur le thème de l’immigration clandestine en provenance du Mexique. Rodriguez répond au mal par le mal, à la bêtise par la bêtise. Ça ne rehausse pas le débat mais ça soulage, à coups de spots de campagne électorale du plus mauvais goût et d’insurrection armée véritable de la part des soi-disant envahisseurs. Ça ne rehausse pas non plus complètement le niveau du film. Robert Rodriguez devrait peut-être envisager un changement de cap professionnel, vers le métier de caricaturiste politique.

 

P.S. : Robert, si tu veux qu'on en parle d'homme à homme, je suis à Austin [lieu de résidence et de travail du réalisateur] pour la semaine.

Publié dans navets et déceptions

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