Mardi, après Noël, de Radu Muntean (Roumanie, 2010)

Publié le par Erwan Desbois

mardi-1Où ?

Au MK2 Quai de Loire, après avoir pour cela remonté tout le canal Saint-Martin et ses trottoirs enneigés par la tempête de l’après-midi

Quand ?

Mercredi soir, à 22h30

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Le commencement de Mardi, après Noël est l’un des plus beaux de l’année : une superbe et heureuse scène d'après l’amour entre deux amants, filmée dans sa durée en plan fixe sur et autour du lit. La séquence repose entièrement sur la qualité des dialogues, et la sincérité de comédiens, pour nous mettre immédiatement en présence d’une véracité et d’une justesse de ton intenses. Ces atouts se perpétuent durant une bonne partie de film, et rehaussent la description qui nous est faite du quotidien de Paul, le héros adultère. Un quotidien partagé entre la passion pure vécue avec sa maîtresse, Raluca, et l’exercice irréprochable de son rôle de mari et de père au sein de son foyer officiel. Le scénario tisse une toile copieuse de connaissances gravitant autour des trois personnages centraux (leur famille, leurs collègues), qui sont toujours impliquées dans l’histoire par leur présence physique mais s’en trouvent tenues à l’écart, de par leur ignorance des événements intimes et des secrets. Le réalisateur Radu Muntean joue très bien de ce décalage entre ce qui constitue la surface d'une scène – des discussions banales, sur des sujets du quotidien – et ce que celle-ci charrie clandestinement et dont le spectateur a conscience.

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Mardi, après Noël repose également sur une belle technique de récit, qui consiste à nourrir chaque scène d’éléments piochés dans les séquences précédentes. L’exemple le plus évident est l’idée de nous avoir montré les deux amants nus, dans l’intimité, avant toute autre chose ; notre vision d’une scène-clé, la rencontre dans un cadre professionnel entre eux deux et Adriana, l’épouse de Paul, en est radicalement impactée. Mais cette façon de procéder se manifeste aussi dans de plus petits détails : ainsi le fait anodin de faire acheter à Paul du savon liquide, quand il fait courses au retour d'une escapade amoureuse lui ayant pris la journée entière. Dans une scène antérieure sa fille faisait remarquer au détour d’une conversation qu'il n'y avait plus de savon ; que Paul s’en soit souvenu montre qu’il n'a pas cessé d'être un bon père.

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Le film est donc riche de ce mouvement d'accumulation continue. Mais au bout d'une heure, et alors qu’il semble prendre un risque supplémentaire en faisant révéler par Paul son adultère à Adriana, Mardi, après Noël s’arrête net. Le basculement de l’intrigue conduit à un renfermement sur le couple, et sur son explosion scrutée en détail, au ralenti. Le moment de cette explosion est ressassé pendant la demi-heure restante, rejouée plusieurs fois, comme si le scénario était soudain en état de choc. Aucune ouverture, ni sur l’avenir ni sur les autres personnages, n’est opérée. Cette épuration radicale met à mal le film, en rendant soudain criante la sous-écriture des personnages féminins (Adriana est piégée dans l’archétype de l’épouse trompée mais digne et moralement triomphante, Raluca est elle carrément éjectée), et en réduisant le récit à un drame bourgeois anecdotique et distant, chose que la première heure maintenait en sourdine. Première heure qui méritait largement mieux que cette fin en queue de poisson.

Publié dans cinéma européen

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