Simone, de Andrew Niccol (USA, 2002)

Publié le par Erwan Desbois

vlcsnap-2010-08-28-10h34m01s135Où ?

A la maison, en DVD

Quand ?

Début août

Avec qui ?

Mon frère, parce qu'il avait oublié d'amener son DVD de Battlestar Galactica

Et alors ?

 

Simone est un de ces nombreux films hollywoodiens enfouis dans le carré des indigents, plutôt que célébrés et préservés dans la mémoire commune. La raison de cette disgrâce est d’avoir voulu faire cohabiter en une même œuvre la séduction du grand public et l’intelligence d’une réflexion introspective fine sur l’industrie du show business et l’idolâtrie qu’elle sait générer à l’aide de ses régiments d’acteurs stars. L’histoire imaginée par Andrew Niccol (scénariste de The Truman show, réalisateur de Bienvenue à Gattaca) est une satire légère du cinéma et des comédiens, mais cela ne signifie pas que le cinéaste n’aime pas fondamentalement le premier – sinon il n’en aurait pas fait son métier – ainsi que les seconds ; sinon il ne se serait pas entouré d’acteurs aussi talentueux qu’un Al Pacino (dont c’est là à ce jour le dernier rôle majeur) ou une Catherine Keener. Il n’aurait pas non plus écrit pour l’ex-future grande Winona Ryder un des personnages les plus spirituels et les plus vrais qu’elle a eu la chance de jouer.

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Viktor Taransky (Pacino) est un réalisateur de studio en bout de course, dont la débandade de son dernier projet de film risque de couler la carrière pour de bon. Des circonstances farfelues et tombées du ciel, comme dans un conte des temps anciens (la photographie faite de couleurs primaires est elle aussi une lumière de conte, de fantaisie), mettent entre ses mains un logiciel contenant une actrice virtuelle et toute la palette d’options et d’émotions lui permettant d’être intégrée à un long-métrage en prises de vue réelles sans que personne ne puisse déceler la mystification. Dès sa première utilisation par Viktor Simone (pour « SIMulation ONE ») fait sensation, et son succès va en grandissant film après film et happening après happening. Niccol se lâche avec délice sur le motif du « plus c’est gros, plus ça passe », en imaginant toute une série de saynètes dans lesquelles quelle que soit la motivation de Viktor – faire grimper le buzz autour de sa créature ou briser son image, camoufler des gaffes ou atténuer des soupçons – le résultat est invariablement un envol de la notoriété et de la gloire de Simone. Nominée deux fois la même année pour l’Oscar de la meilleure actrice (et vainqueur ex-æquo avec elle-même !), adulée dans toutes ses activités annexes, de la chanson à la pub, elle se fait également pardonner toutes les excentricités et provocations mises dans ses paroles et ses actes par Viktor. Le jeu tout en réaction de Pacino fait merveille, et est l’atout comique numéro un du film. Ses mimiques, ses yeux exorbités et sa déglingue à mesure que Simone lui échappe et l’écrase forment une performance irrésistible ; laquelle conserve toujours un fond de tragédie qui lui évite de tomber dans la caricature complète et futile.

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En devenant de plus en plus vaste, la mascarade devient porteuse d’un sujet sérieux, tout sauf anodin. Il a trait au degré de manipulation auquel on peut soumettre une population, et le résultat auquel Niccol affirme parvenir n’a rien de rassurant – combien même il expose ses conclusions sous une forme éminemment humoristique et savoureuse. A partir du moment où il change de cible, ne moquant plus le milieu du cinéma mais son public, le scénario de Simone combine parfaitement le burlesque de ses péripéties (l’excursion sur les terres du film noir est particulièrement savoureuse) et l’affermissement de sa critique morale sous-jacente. Il est d’une telle limpidité qu’il en devient presque invisible, comme les coutures d’une robe de luxe. Aucun raccord, aucune articulation un peu maladroite ne jure et vient trahir une intervention humaine. Le récit coule de source devant nos yeux et c’est un pur bonheur de le suivre. Son point d’arrivée rappelle le roman de Philip K. Dick Simulacres. Ceux qui le connaissent comprendront pourquoi c’est aussi le dernier moment où l’histoire de Simone est encore de nature à faire rire. Sa poursuite ne pourrait se faire que dans une atmosphère de science-fiction grinçante et inquiétante – une atmosphère à la Bienvenue à Gattaca, justement.

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Publié dans cinéma US

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