Submarine, de Richard Ayoade (Angleterre, 2010)

Publié le par Erwan Desbois

submarine-2Où ?

Au ciné-cité les Halles

Quand ?

Jeudi soir, à 22h30

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Quasi inconnu de ce côté-ci de la Manche, Richard Ayoade est un touche-à-tout qui commence sérieusement à se faire un nom dans son pays natal, comme comédien (un des rôles principaux de la sitcom The IT crowd) et metteur en scène de clips et de DVD de concerts – pour les Arctic Monkeys, The last shadow puppets, Kasabian, les Yeah yeah yeahs… Le carnet d’adresses est bien fourni. A l’heure de passer à la réalisation de son premier long-métrage de fiction, Ayoade a d’ailleurs pu compter sur la participation d’un complice de choix avec la composition par Alex Turner, le chanteur des Arctic Monkeys, de cinq chansons originales qui ponctuent la progression de ce récit d’éducation sentimentale qu’est Submarine. Oliver Tate a quinze ans, habite dans une petite ville côtière sans éclat du Pays de Galles, et traverse la première période troublée de sa vie entre d’une part sa relation amoureuse avec la ténébreuse et exigeante Jordana, et d’autre part les fissures grandissantes au sein du couple formé par ses parents. Submarine génère très vite deux sentiments rivaux ; un charme indéniable, et une certaine exaspération. Le premier vient naturellement, de par la justesse du casting, l’authenticité du quotidien qui nous est décrit (à l’école, dans les foyers, les loisirs), et la qualité des séquences fonctionnant de manière autonome, à l’écart du récit. Comme c’est souvent le cas avec les clippeurs, Ayoade est parfaitement à l’aise sur ce format court et y confectionne des instantanés tout à fait touchants : la mort fantasmée d’Oliver, son « film Super 8 de la mémoire » compilant les premiers moments joyeux avec Jordana.

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Mais ce charme est menacé d’étouffement par l’excès de stylisation auquel se livre Ayoade. Dans certaines scènes où il ne semble pouvoir concevoir qu’un plan ne soit générateur de sa propre éloquence, on frôle l’overdose. Et on craint pour le film qu’il ne se saborde ainsi lui-même. Heureusement, passé un moment Ayoade accepte de laisser plus d’air à ses personnages, décision on ne peut plus judicieuse tant les situations qu’ils vivent et où ils conversent font invariablement plus mouche que celles qui sont traitées par le biais du commentaire et de la voix-off1. De plus, on saisit alors que le maniérisme à l’œuvre trouve en réalité sa source dans l’angoisse. C’est un filet de sécurité tendu par la mise en scène, dans les pas d’Oliver, au-dessus du vide et de la dépression. Car rien ne prouve avec certitude, à eux comme à nous, qu’il existe effectivement quelque chose de positif et agréable sur quoi s’appuyer dans la vie, hormis le travestissement de celle-ci pour lui conférer un autre aspect. Une telle réalité « augmentée » est peut-être la seule réalité qui en vaille la peine… D’où la sophistication assidûment apportée à la mise en scène ; face à laquelle l’observation pleine de compréhension et de délicatesse des épisodes de mal-être vécus par Oliver ou son père, de même que l’ancrage du récit dans des décors, sont des contrepoids parfaits. La coexistence à égalité de ces deux essences permet à Submarine d’atteindre un très bel équilibre doux-amer, qui n’est pas sans rappeler les réussites de Wes Anderson. Avec un dernier bémol cependant : la conclusion, dissonante car succombant à l’artifice de la mièvrerie et faite à marche forcée. Le film méritait mieux.

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1 à l’exception de celles reposant sur les très belles chansons de Turner

Publié dans ciné indie

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