The invention of lying, de Ricky Gervais & Matthew Robinson (USA, 2009)

Publié le par Erwan Desbois

lying-3Où ?

A la maison (le distributeur français s’est débarrassé du film en une piteuse sortie technique, sur un nombre de copies et de semaines d’exploitation se comptant sur les doigts d’une main)

Quand ?

Vendredi soir

Avec qui ?

MaFemme

Et alors ?

 

Un monde alternatif au nôtre où le mensonge n’existe pas ; l’apparition dans ce monde d’un homme capable de mentir (et seul à pouvoir le faire). Ricky Gervais, l’acteur-créateur de la série The office (version anglaise), a déniché là deux sources inépuisables de gags. Les deux premiers actes de The invention of lying en apportent chacun leur tour la preuve. Sans exagérer, la description du monde sans mensonge est ainsi l’une des choses les plus drôles que l’on a vues au cinéma ces dernières années. Gervais détourne un personnage quelconque, interprété par lui-même, et des situations amères mais quelconques elles aussi – un rencard catastrophique, un licenciement – et laisse l’impossibilité de tout mensonge, grand ou petit, altérer la scène. Ça commence très, très fort dès le début du rencard (il arrive en avance, elle lui ouvre après un temps d’attente en l’accueillant par un « Sorry, I was masturbating ») et ça ne faiblit jamais. Les meilleurs performers américains actuels du comique pince-sans-rire, convoqués pour l’occasion (Jonah Hill, Tina Fey, Jeffrey Tambor et Jason Bateman de Arrested development…), s’en donnent du coup à cœur-joie – façon de parler, puisqu’ils sont priés de ne jamais se départir d’une parfaite gueule d’enterrement.

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Gervais n’a pas à pousser bien loin pour exhumer tout ce que son concept de départ a de sinistre – pour les personnages, donc d’hilarant pour les spectateurs. Absence de mensonge signifie absence d’amour (les relations sentimentales se réduisent à la recherche rationnelle du partenaire ayant un patrimoine génétique harmonieux avec ce que l’on a soi-même à proposer), et absence d’imagination. Ce second point irrigue tout l’arrière-plan du film, et se manifeste avec le plus d’évidence dans la description de l’industrie cinématographique ; imaginez ce que peuvent être des films sans histoire fictionnelle, sans acteurs prétendant être quelqu’un d’autre, sans décors fabriqués spécialement pour l’occasion… Le fait de se découvrir un jour la faculté de mentir transforme d’ailleurs simplement le héros Mark, aux yeux de ses congénères, en un fabuleux conteur d’histoires. Situation nouvelle que la deuxième partie du scénario développe avec toujours le même flegme à l’œuvre depuis le départ. Profitant de la crédulité absolue de ceux à qui il s’adresse (puisqu’ils ne peuvent pas plus imaginer être l’objet d’un mensonge qu’en énoncer un eux-mêmes), Mark devient sans effort ni accroc une superstar du cinéma puis un guide spirituel révéré, après avoir inventé une histoire sur la vie après la mort pour rendre plus supportables les derniers moments de sa mère mourante. La séquence est merveilleuse pour elle-même, Ricky Gervais reconstituant en toute simplicité une chose aussi majeure que la genèse des religions judéo-chrétiennes – en bas de son immeuble, avec deux cartons à pizza et quelques idées posées sur le papier. Ce qu’elle dit de la foi humaine comme réponse à l’inconnu, et de ses connexions avec d’autres concepts moins nobles (tel l’art de raconter des histoires divertissantes), apporte de surcroît une profondeur et une pertinence inattendues.

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The invention of lying ne capitalise malheureusement pas là-dessus, et a même plutôt tendance à se replier par la suite sur une position plus aisément défendable – celle qui est la référence par défaut des comédies américaines, avec pour enjeu central la conquête de la fille / du garçon et où absolument tous les éléments du script doivent être réemployés pour une deuxième voire une troisième blague. Inévitablement, la beauté et la force du concept de départ s’essoufflent dans un tel carcan. Le film évite tout de même la noyade grâce à son refus de faire le même genre de concessions sur son ton, toujours acerbe, et sur sa logique, Mark restant l’unique menteur et tous les autres restant bloqués dans leur totale franchise de pensée et de parole. En sauvant ainsi l’essentiel, The invention of lying reste au bout du compte un beau successeur du Jour sans fin de Bill Murray dans la famille des comédies invraisemblables et surréalistes.

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Publié dans comédies US

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