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Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /Avr /2010 19:19

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(de notre envoyée spéciale au ciné-cité les Halles)

 

A la lecture des pitchs de l’une et l’autre de ces comédies, on se surprend à constater que le film avec Romain Duris et Vanessa Paradis aurait pu s'appeler « Tout ce qui brille », et celui avec les deux copines Ely (Géraldine Nakache) et Lila (Leïla Bekhti) «  L'arnaqueuse » ; preuve que le cinéma français n'est quand même pas bien original. Les deux produits finis sont bien moins interchangeables que leurs titres. Alors que L'arnacoeur se place comme un hymne à la gloire d’un bling-bling jamais remis en question, Tout ce qui brille repose sur des intentions, un budget, un casting autrement plus modestes et sincères.

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Il n'est jamais choquant de voir de grands palaces dans des classiques de la comédie signés Wilder ou Lubitsch, et on s'y serait fait de même pour L'arnacoeur (on avait bien accepté le même concept dans Quatre étoiles, bien plus imaginatif) si ne résidait pas là tout l'attrait du film. Le personnage qu'interprète Duris, Alex, a pour mission de séduire une riche héritière (Juliette / Paradis) pour briser le couple de celle-ci avant son mariage à venir, ce qui n’est qu’un prétexte à un déballage de grandes marques et de voitures de sport dévalant les rues de Monte-Carlo, déballage sous lequel se noie l'intrigue. La PME d'arnacoeurs montée par Alex aurait précisément pu faire rire par son intrusion dans ce milieu social, mais même là le bling-bling l’emporte et brouille les frontières. La bande d'escrocs à la bonne franquette déploie un arsenal digne de la CTU de 24, et loger une semaine dans un palace ou acheter les beaux costumes qui siéent au rôle fabriqué par Alex ne posent qu'un problème de budget très mineur, balayé en une scène même pas drôle.

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Le premier angle comique du film est donc raté, et ce ne sont pas les imitations d’accents, les déguisements tellement bâclés qu’on s’en lasse bien vite et l’humour brutal de la sœur d'Alex (Julie Ferrier) qui viennent sauver la mise. De manière totalement incompréhensible, c’est elle qui est mise en avant plutôt que François Damiens, quasi-absent du film alors qu'il en est le seul personnage franchement comique – son numéro de plombier polonais père de famille nombreuse est un rayon de soleil dans la grisaille. Il aurait tout à fait pu devenir l’égal du colocataire siphonné mais attachant de Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill, la référence récente en matière de comédie romantique. Les autres personnages supposément comiques sont tout autant sous-écrits, à l’image de la copine-pétasse, personnage rudimentaire, raté, présent dans le film comme un fantôme dans l'hôtel alors qu'elle est sensée (une seconde) mettre le plan en péril ; ou des méchants pas vraiment méchants, dont on a des nouvelles par téléphone à intervalles réguliers.

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La plupart des scènes s'écrasent d'elles-mêmes, avant leur pic comique. Pour donner le change, les running gags sont légion comme celui, plutôt réussi, des faux pleurs face caméra de l'arnacoeur. Le bonheur de voir Romain Duris (très à son aise sur le terrain comique et romantique, mais desservi comme tous les autres par le script) s'y amuser franchement n'est pas étranger à cette réussite solitaire. L’arnacoeur n'est qu'une suite de post-it plus ou moins heureux que Pascal Chaumeil filme sans imagination, avec une totale confiance en notre aptitude à rire de tout. Le manque d’imagination, voilà aussi ce qui définit le mieux la part romantique du film. La scène féerique entre les deux stars est ainsi préparée depuis le début, avec la discrétion d'une fanfare de village. Qu’elle se résume à un emprunt à un film si connu et cité que Dirty Dancing en dit finalement long sur le cruel manque de confiance du film en ce qu'il pourrait apporter de lui-même.

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Pour sa part, Tout ce qui brille ne nous laisse pas sur le bas-côté et nous embarque plutôt gaiement et avec l'effronterie indispensable à quiconque veut réaliser une comédie valable. La scène d’introduction, présentant les deux copines sur un banc de leur banlieue de Puteaux, est à elle seule plus efficace que les trois premiers quarts d'heure du film précédent. La relation des personnages est claire, elles nous sont attachantes parce qu'elles rient de choses qu'elles seules comprennent, et dès la première minute l'enjeu est posé : ces deux filles-là ne sont pas friquées mais veulent faire la fête comme les riches branchés qu'elles voient dans ELLE.

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La suite du film garde cette même qualité d’écriture. Côté comédie, les joutes verbales entre les deux copines et avec les personnages secondaires font souvent mouche. Ce qui ne se fait nullement au détriment de la justesse de la description des héroïnes. Ely et Lila s'expriment de façon réaliste. Les situations dans lesquelles elles se retrouvent sont plausibles, particulièrement leur position de « riches » jamais acquise. En effet, le principal écueil aurait été de s’en tenir à un récit purement binaire, montrant les deux filles acceptées dans ce milieu qui n'est pas le leur sans l'ombre d'un soupçon ou d'une réserve, avant qu'on ne dévoile la supercherie. Géraldine Nakache et Hervé Mimran choisissent au contraire de maintenir leur statut tout le long du film, si bien que leurs héroïnes ne font que frôler ce qui brille sans jamais y avoir vraiment droit.

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Ely est la bonne copine des riches qu’elle fréquente, mais elle est en réalité bloquée dans le seul rôle qu'elles veulent bien lui confier, à savoir être à leur service. Et quand Lila se brûle les ailes à force de vouloir réellement rompre avec son milieu d'origine, et de devenir « une des leurs », elle le lui reproche en prônant un retour à la simplicité dans une scène assez prévisible et déjà vue... mais toute « honnête » qu’elle soit, elle-même n’en continue pas moins d'essayer de maintenir un semblant d'apparence flatteuse. Ainsi, lorsqu’on lui tend des manteaux à une soirée en la prenant pour une domestique alors qu'elle a enfilé ses plus beaux habits pour y participer elle-même, elle est choquée mais pas vexée puisque ce malentendu lui permet de continuer à fréquenter le monde des riches sur ces bases douteuses.

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Tout ce qui brille pêche en définitive uniquement, et sans conséquences graves, sur un point. Alors que l'histoire de cœur de Lila, tiraillée entre son prétendant qui habite à la cité et le riche Max est assez bien menée, on voit moins à quoi sert celle, juste ébauchée, de l'absence de son père qui a quitté le foyer des années auparavant pour refaire sa vie. Les rapports sociétaux étaient suffisants pour motiver son attitude arriviste, sans avoir besoin d’y associer cette vague ébauche psychologique – dont l'utilisation tardive donne encore plus l'impression que cet aspect ne sert que de prétexte au dénouement, et n'a pas de finalité propre. Malgré cette faiblesse (d'ailleurs peut-être dérivée de l'intention positive de vouloir trop en dire sur ses personnages), le film charmant qu’est Tout ce qui brille confirme, quelques mois après Romaine par moins 30 et bien évidemment l'excellent  Les beaux gosses, sur la capacité des français à tourner de vraies bonnes comédies (toutes les trois à petit budget, comme par hasard).

Par Erwan Desbois - Publié dans : cinema francais
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