We are four lions, de Chris Morris (Angleterre, 2010)

Publié le par Erwan Desbois

lions-1Où ?

Au MK2 Bastille

Quand ?

Samedi matin, à 11h

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

We are four lions, c’est le petit neveu teigneux et malintentionné du brillant  In the loop sorti l’an dernier. Il en reprend les fins (la volonté provocatrice, le pragmatisme grinçant) et les moyens d’y parvenir – mise en scène qui imite le documentaire, rythme élevé soutenu par la présence de nombreux personnages, humour noir qui n’épargne personne. Le thème choisi est le suivi des activités d’une petite cellule de jihadistes anglais en vue de perpétrer une série d’attentats-suicides à Londres. Entraînement dans les montagnes pakistanaises, enregistrement des vidéos de revendication posthume, confection des bombes, mise à exécution du plan : toutes les étapes de l’action terroriste sont présentes, mais corrompues de l’intérieur par la bêtise et l’incompétence de ceux qui cherchent à les accomplir. Exactement comme In the loop, We are four lions crée une coupure entre les actes mineurs, suffisamment mal pensés et exécutés pour faire naître le rire, et les événements majeurs qui ont lieu malgré tout (dans In the loop la guerre en Irak est décidée, ici les explosifs sont fabriqués et sautent), mus par une force propre qui outrepasse les capacités médiocres des êtres humains. Ainsi les films nés de cette union sont à la fois terriblement drôles et drôlement terribles.

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Par rapport à son prédécesseur, We are four lions est un cran en-dessous. Il est moins impressionnant dans son écriture comique, car moins exigeant envers lui-même. Le bagage des personnages principaux se résume à une ou deux blagues chacun, qui en plus sont assez peu combinées avec celles des autres (chose que In the loop accomplissait à la perfection dans son dernier acte, feu d’artifice comique exponentiel). Les seconds rôles ne sont pas non plus exploités à la hauteur de leur potentiel acerbe ; par exemple le grand frère du cerveau de la bande, plus pacifiste que ce dernier mais aussi plus radical dans sa pratique de l’islam – pendant que les hommes de son groupe de prière se réunissent, leurs épouses sont enfermées ensemble dans un réduit… La police en prend aussi pour son grade les rares fois où elle apparaît à l’écran : incapable d’arrêter les bonnes personnes, et finissant probablement le film avec plus de morts innocents à son passif que les terroristes.

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Mais In the loop est l’un des rares points de comparaison par rapport auxquels We are four lions doit s’incliner. Car même si elles ne sont pas pleinement exploitées, les bases du film le placent bien au-dessus de la mêlée comique. Son absolue insolence, sa virulence tous azimuts et sa traque sans relâche de la crétinerie chez tous les groupes humains qui se prennent exagérément au sérieux forment une trinité dévastatrice et assez exceptionnelle. Les exemples d’œuvres mettant en pratique cette recette sur un sujet actuel et délicat comme peut l’être le terrorisme se font en effet bien rares – la série South Park, principalement. Le réalisateur et scénariste de We are four lions Chris Morris fonce tête baissée dans cette voie et ne recule devant aucune blague déraisonnable, ni aucune situation prêtant à controverse. Il déchire la tenue de combattant martyr dont ses antihéros jihadistes aimeraient à se draper, et les exhibe à la lumière crue de leur humanité déficiente [ainsi que dans les déguisements idiots que l’on retrouve sur l’affiche, ce qui ne gâche rien à la force comique du film]. Les obstacles que la bande d’apprentis kamikazes doit surmonter sont essentiellement liés à leur propre médiocrité intellectuelle et mentale : incompréhension des enjeux (le benêt à qui il faut sans cesse réexpliquer la doctrine suivie), incapacité à définir une stratégie (les absurdes débats sans fin quant au choix de la cible), tendance à la paranoïa (les cartes SIM qu’on avale) dans la première catégorie ; et dans la seconde entrent les distractions continuelles, par les blagues potaches, les filles, les gadgets technologiques, etc., qui se terminent toutes en catastrophes pour leur projet meurtrier.

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Face à cette démystification bienvenue le spectateur se marre, plus ou moins fort mais presque sans interruption. Et il se marre encore une fois le film fini, quand il y repense alors qu’on l’abreuve d’informations sur le sujet. Par exemple, lorsqu’il se demande laquelle des causes d’échec des lions est la plus proche de celle du ratage de l’attentat à Stockholm le week-end dernier : un mouton, la lâcheté soudaine à la vision d’un policier, la stupidité ou la démotivation ou une manœuvre de Heimlich intempestive ?

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