Zoolander, de Ben Stiller (USA, 2001)

Publié le par Erwan Desbois

zoolander-4Où ?

A la maison, en DVD zone 2

Quand ?

Jeudi soir, il y a deux semaines

Avec qui ?

MaFemme

Et alors ?

 

Toute lignée, en cinéma comme en généalogie ou en biologie, possède son ancêtre commun de référence [l’autre lancement envisagé pour cet article en jetait plus : « Toute légende a son commencement »]. J’ai parlé récemment de Duel qui tient ce rôle pour les films de genre des années 70 ; dans un style plus léger, plus coupable aussi, Zoolander est ce précurseur inoubliable pour la comédie américaine des années 2000 telle qu’on l’aime sur ce blog – absurde, démente, méchante, irrespectueuse. Il y avait bien sûr eu quelques escarmouches pour agrémenter les années 90 : Mary à tout prix, Fous d’Irène, Disjoncté, etc., tournant pour la plupart autour du quatuor formé par les frères Farelly, Jim Carrey et – déjà – Ben Stiller. C’est seul ou presque que ce dernier a tout dynamité avec son personnage de top model crétin, et ouvert une brèche pour les Steve Carell, Seth Rogen, Judah Hill, Will Ferrell et compagnie.

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Le dernier nommé est de la partie dans Zoolander, pour un second rôle dans lequel il est à la fois méconnaissable et fidèle à lui-même, dispensable et inoubliable. Ferrell interprète Mugatu, un styliste de haute couture irascible et exubérant, ex-membre du groupe Frankie goes to Hollywood, désormais exécutant des sales besognes d’un lobby occulte protégeant à tout prix les intérêts de la mode. Sa tâche, cette fois, consiste à faire assassiner le Premier Ministre de la Malaisie, qui menace d’instaurer des règles plus strictes et plus justes au sujet du travail des enfants dans les sweatshops. Il jette son dévolu sur Derek Zoolander, idiot du village du prêt-à-porter qui, un lavage de cerveau plus tard, sera fin prêt pour accomplir sa mission au beau milieu d’un défilé. Loin de se limiter à la matière déjà immense offerte par un tel duo, le film intègre quantité d’autres personnages, pas loin d’un par nouvelle scène. Ce sont le plus souvent des contre-emplois (Jon Voigt en père ayant renié son fils, Milla Jovovich en femme de main, David Duchovny en informateur…) ou des emplois dans leurs propres rôles, aussi éphémères que délirants – Natalie Portman, Winona Ryder, Billy Zane, David Bowie (!). Tous font étalage d’une aptitude à l’autodérision et d’une fibre comique réjouissantes.

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Insatiable, le scénario-gigogne de Zoolander est incapable de céder à la tentation de nouveaux gags, de nouvelles tirades insensées, de nouvelles digressions sans fondement solide si ce n’est le goût pour une bêtise ravageuse. Encore plus que Tropic thunder, dernier film en date de Stiller, Zoolander est une comédie « gonzo » dont les bribes d’intrigue sont un pur prétexte ouvertement pris par-dessus la jambe. Le récit y avance par à-coups et bifurcations soudaines, avec un travail de montage servant essentiellement à bidouiller de quoi masquer les sautes de continuité et de cohésion. Choses dont on ne pourrait moins se soucier, si l’on accepte de se prendre au jeu de ce tourbillon d’insanité que rien ne vient contenir. Stiller inverse en effet le rapport de force classique de la comédie, qui voit un ou quelques éléments désaxés perturber le bon fonctionnement du monde « normal ». Dans l’univers de Zoolander tout le monde, gentils comme méchants, est résolument et irrévocablement crétin. La bêtise règne sans partage. Un unique personnage ordinaire est embarqué à bord, mais sa capacité de nuisance est réduite à néant par les coups de boutoir des répliques de ses partenaires, confondantes de premier degré et évidemment cultes : « Hansel, he’s so hot right now », « Have you ever wonderedif there was more to life, other than being really, really ridiculously good-looking ? », et l’inénarrable « - I became boulimic. – You can read minds ?!? ».

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Au hit-parade des séquences surréalistes et hilarantes, elles sont nombreuses à se battre pour la première place : la bataille d’essence sur fond de Wake me up before you go-go, la séance d’hypnose, le récit des assassinats commis par des top models à travers l’histoire des USA, le combat de break dance… et quasiment toutes les scènes impliquant Zoolander et son ennemi juré Hansel. Le duo Ben Stiller – Owen Wilson est un miracle comique pouvant fonctionner indéfiniment, dans la confrontation (le duel de défilés, qui se conclut par un retrait magique de slip) comme dans la complicité – l’infiltration incognito dans les bureaux d’un des commanditaires des assassinats. Vivement leur retour, dans une suite depuis peu officiellement sur les rails.

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Publié dans comédies US

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