Commentaire audio du Parfum, de Tom Tykwer (Allemagne, 2006)

Publié le par Erwan Desbois

Où ?
Chez moi, en DVD
Quand ?
La semaine dernière, et le week-end pour le film

Avec qui ?

Seul pour le commentaire audio, et avec ma chérie pour le film

Et alors… ?

Quel bonheur à écouter, celui-là ! Pas une minute (il y en a pourtant 130) n'est ennuyeuse. Le réalisateur Tom Tykwer (Cours Lola, cours) est certes aidé par la quantité de choses à dire – adaptation d'un roman exceptionnel, film fleuve, production énorme dans des décors réels piochés à travers l'Europe – mais surtout il les dit bien. Ses souvenirs sur la logistique sont très précis ; ses explications de choix de mise en scène (influence expressionniste, bascules entre le genres, modifications du roman induites par le choix d’une narration à la première personne, emploi limité des effets spéciaux) très claires.

Et puis Tykwer a ce petit quelque chose en plus qui fait la différence, sous la forme d'un émerveillement toujours présent envers la magie du cinéma. Le travail de chacun, qu’ils soient acteurs, techniciens, monteur, compositeur, est mis en avant et ainsi, à la manière de ce que parvenaient à créer récemment les bonus de Lady Chatterley, on ressent beaucoup mieux comment tous ont participé à l'aventure. Dans ces cas-là, l'équation devient simple : bonnes idées de départ (en termes de conduite du récit et de règles de mise en scène) + amour sincère du cinéma = bon film.
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Car Le parfum est un bon film (quelle transition époustouflante). C’est certes au départ un film de producteur – Bernd Eichinder, omniprésent jusqu’à être crédité au scénario – qui se fait son petit trip hollywoodien perso, mais ce producteur a eu la bonne idée d’engager un réalisateur qui connaît son art. Un seul exemple de la réussite du film : l’intelligence du traitement mental du personnage principal. Être complètement autiste, inapte aux relations sociales et obsédé par son projet de concoction du parfum ultime, Grenouille est un protagoniste rêvé pour un roman mais cauchemardesque pour un film. Pour résoudre l’équation, Tykwer refuse les béquilles mensongères que seraient une voix-off à la première personne ou un acolyte inventé de toutes pièces – Grenouille ne parle pas, même à lui-même. Le cinéaste s’en remet uniquement à la puissance des images, agrémentées selon les parties du récit d’une musique (composée en amont du tournage) ou d’un narrateur omniscient qui apporte un ton ironique bien trouvé et ne fait jamais doublon avec ce qui est imprimé sur la pellicule.

Et pour en revenir au commentaire audio, l'orgie qui clôt le film se pose là en termes de magie du cinéma – et sa description par Tykwer captive sans réserves. Ils sont rares les moments où l'art transcende la distance qui le sépare de la réalité et influence aussi puissamment la vie des gens – artistes et spectateurs –, et les paroles du réalisateur confirment que celui-ci a bénéficié d'un écrin en tous points parfait. Bien préparé (un travail de fond avec une troupe de danseurs, des figurants intégrés très en amont au processus de création) et bien filmé (avec la distance parfaite, ni voyeuse ni prude), cette séquence devient le final en apothéose d'un film qui à travers elle prend une ampleur inattendue.

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Publié dans bonus dvd

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